Dix ans après son lancement, l’identité plurielle du Bondy Blog

Média en ligne novateur créé avant Rue89 et Mediapart, le Bondy Blog est né avant la fin des émeutes de banlieue de 2005. Même s’il reçoit une forte médiatisation à l’occasion des 10 ans de la mort de Zyed et Bouna, le Bondy Blog réfute le statut de porte-parole des quartiers populaires.

Ouvrez Libération, ce lundi 26 octobre, vous y lirez le Bondy Blog. Mardi, les jeunes journalistes de Seine-Saint-Denis recevront Manuel Valls pour une émission spéciale. Jeudi dernier, c’était dans les locaux de Mediapart que la bande de jeunes blogueurs s’étaient invités. Alors que la France se remémore dix ans après les émeutes qui avaient enflammé les banlieues, la semaine s’annonce dense pour ce média en ligne, né en 2005, de l’initiative d’un magazine suisse l’Hebdo. Le projet était de créer un blog avec un fort ancrage dans les quartiers qui avaient été le théâtre d’un embrasement populaire sans précédent.

Rapidement transmis à une association de blogueurs, ce projet est devenu plus large : raconter autrement les quartiers populaires en faisant entendre des voix nouvelles. Un programme ambitieux pour un média innovant. Sur le site, les articles foisonnent grâce à l’activité de plus de 40 bloggeurs occasionnels ou réguliers. Des articles société, politique, culture, mais aussi des podcasts audio et des vidéos : le journalisme multimédia est au coeur de leur pratique.

Le rédacteur en chef du Bondy Blog, Adrien Chauvin, savait que les médias ne manqueraient pas les dix ans des émeutes, et reconnaît que les événements de 2005 font partie de l’ADN du média. Cette médiatisation liée à l’actualité offre une réelle visibilité à ce site internet. Rien d’inhabituel pourtant : des accords avec Yahoo France et la création en 2012 d’un magazine audiovisuel qui invite des personnages politiques, le « Bondy Blog Café », soutiennent l’audience du blog, qui touche plus d’un million de personnes par an selon le rédacteur en chef.

Le Bondy Blog n’a eu de cesse de développer des programmes en lien avec l’éducation populaire et notamment le journalisme. Dès 2006, un partenariat avec Sciences Po Paris est créé, en 2009 avec l’ESJ Lille. Très tôt, le média s’est engagé dans cette voie, avec la mise en place d’une Master Class qui cherche à donner aux jeunes des outils pour s’exprimer, ainsi qu’une classe Prépa « égalité des chances », qui aide les étudiants boursiers à se préparer aux concours des écoles de journalisme. Rougyata Sall, bloggeuse du Bondy Blog depuis 2012, aujourd’hui en formation de journalisme, affirme qu’après plusieurs déconvenues, c’est le Bondy Blog qui lui a redonné l’envie de s’engager dans le journalisme. Le rédacteur en chef confirme : « le mardi, pour la conférence de rédaction hebdomadaire, il y a toujours de nouvelles têtes. » Le Bondy Blog se nourrit de ce dynamisme. Les bloggeurs sont en majorité lycéens, étudiants ou apprentis. Une « grande famille », selon Rougyata Sall, qui lui donne l’envie de faire un journalisme autrement. Au-delà des banlieues.

Dix ans après sa création, ce pure player (un média en ligne qui n’est pas adossé à un format papier) qui propose ses contenus gratuitement, n’a pas encore trouvé un modèle économique viable. Ses fondateurs, Serge Michel et Mohamed Hamidi, regrettent dans Libération que malgré son caractère innovant, le Bondy Blog ait dû renoncer à l’indépendance financière qui faisait sa fierté, pour recourir à des subventions publiques régionales. Depuis son origine, les bloggeurs sont dédommagés de 40 euros par article. Seuls cinq personnes sont salariées, dans cette petite structure du paysage médiatique.

Aujourd’hui, l’essentiel est sans doute ailleurs pour le Bondy Blog. Adrien Chauvin décline la ligne éditoriale de son site et les principaux thèmes traités : « les discriminations, l’éducation, l’emploi, les transports ». Bref, le quotidien des quartiers populaires, expression préférée au terme banlieue, tel que les blogueurs entendent le raconter et le faire vivre. Pour la bloggeuse Rougyata Sall la principale mission du blog est de mettre en avant les témoignages des habitants de ces quartiers. Pour Adrien Chauvin, le vécu de ceux qui participent au site leur donne un poids réel. Pas question pour autant d’y voir une limite. Le prisme qu’offre une expérience commune des quartiers populaires enrichit sans être réducteur. Le Bondy Blog se nourrit de son ancrage local pour se revendiquer média national voire international. On peut trouver sur le site des articles sur les élections au Mali, ou au Sénégal, qui s’appuient sur les témoignages directs de membres de la diaspora, ou de personnes possédant la double nationalité. De cette manière l’ouverture et la proximité demeurent les piliers du Bondy Blog dans son projet d’aborder l’actualité autrement.