La frontière franco-italienne, l’autre Calais des migrants

Bien moins médiatisé que le camp de Calais où des milliers de migrants s’entassent dans l’espoir de rejoindre un jour l’Angleterre, le sud-est est également touché par ce phénomène. Entre fermeture de la frontière franco-italienne et fouille systématique des trains à Menton, retour sur une situation insolvable.

La crise des migrants ne touche pas que le nord de la France. Alors que des ONG ont déposé un référé-liberté contre l’Etat, pour dénoncer la situation à Calais, la situation tarde également à revenir à la normale à la frontière franco-italienne. Après plusieurs mois rythmés par les dizaines de tentatives des migrants pour entrer sur le territoire français, l’Etat avait décidé, au printemps 2015, de fermer la frontière pour éviter un afflux massif de migrants en provenance d’Italie, et plus précisément de Vintimille. Cette fermeture de frontière, pour des questions d’immigration, est une première en France depuis les accords de Schengen qui permettent une libre-circulation des personnes dans cette zone.

« Les gendarmes sont à la recherche de migrants »

Les camions et les autobus de la gendarmerie sont stationnés à l’entrée du territoire français. Le contrôle des papiers d’identité est quasi systématique lorsqu’une plaque minéralogique étrangère arrive au poste frontière du Pont Saint-Ludovic, à Menton. Si les groupes de migrants sont moins visibles qu’à Calais, et la médiatisation bien moins importante que dans le nord de la France, la problématique de l’accueil des migrants reste la même.

A Menton-Garavan, première gare française en provenance d’Italie, les gendarmes sont partout. Ils sont une dizaine à stationner aux abords de la petite gare sudiste habituellement calme, ils surveillent les voyageurs sur le quai de la gare. Plus, ils arrêtent tous les trains sans exception qui arrivent d’Italie pour les fouiller entièrement à la recherche d’éventuels migrants qui tenteraient de pénétrer sur le territoire français. « Les gendarmes sont rentrés dans le train dès que nous sommes arrivés en gare », raconte Pietro, la cinquantaine, en provenance de Rome. « Ils ne m’ont pas contrôlé parce qu’avec ma femme nous nous arrêtions ici. Mais pour tous les autres passagers, ils demandent les papiers des personnes. Ils sont certainement à la recherche de migrants. Mais cette fois il n’y en avait pas. » Le contrôle automatique de tous les trains entrant sur le territoire français provoque des retards. Les trains ont désormais 30 à 45 minutes de retard. Parfois, ils sont même annulés.

6000 migrants renvoyés en Italie

A Menton comme à Nice, il n’y a plus de camp de migrants. Les quelques uns qui ont réussi à traverser la frontière dans l’espoir d’atteindre l’Angleterre ou l’Allemagne se construisent des abris de fortune, à l’abri des regards. Parfois, on peut les voir se doucher sur la plage de la Promenade des Anglais, remplir leurs bouteilles d’eau et laver les quelques habits qu’ils ont. Certains ont moins de chance. A la gare de Nice-ville, samedi 24 octobre, les CRS escortaient une quinzaine de personnes, principalement des Syriens, Libyens, Somaliens et Erythréens. Surpris sur le territoire français, la police aux frontières les renverra en Italie par train. Selon le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, plus de 6000 migrants auraient été reconduits à la frontière depuis le début de l’année 2015.

Face à l’Etat français qui renvoie « systématiquement les migrants et qui inculpent les personnes qui leurs viennent en aide », Cécile Dumas, secrétaire départementale du parti communiste dans les Alpes-Maritimes, plusieurs associations de défense des droits des migrants et la plupart des syndicats tentent de se mobiliser. Ils demandent à ce que les migrants soient « dignement traités et tous accueillis sur le territoire français ». Le Premier ministre a récemment déclaré avoir « mis en place et renforcé un dispositif dans tous les trains et les gares afin de lutter contre les flux migratoires utilisant les vecteurs ferroviaires. » Manuel Valls a annoncé « plus de 200 interpellations » quotidiennes dans les gares du nord et du sud-est de la France.