Pôle Emploi (image d'illustration) / ©CHAMPARDENNAISAXONAIS

Chômage : “Radier est une sanction trop violente”

Au mois de septembre, 43 000 personnes ont été supprimées des listes des demandeurs d'emploi pour non respect des obligations imposées par Pôle emploi. Ils se retrouvent sans aides, et sans accès à leurs offres de travail.

“J’ai bien galéré !” se rappelle Frédéric Hoareau. A 40 ans, ce menuisier de formation enchaîne depuis des années les boulots à mi‐temps, en complétant son salaire avec ses allocations chômages. Mais en juin dernier, il est radié pour deux mois. La raison : non‐présentation à un rendez‐vous fixé par Pôle Emploi. “A l’époque je n’avais pas Internet dans mon logement, je me rendais à la maison des chômeurs de Montpellier pour consulter mon compte. La convocation est arrivée par mail le jeudi soir pour un rendez‐vous le lundi. Mais je n’ai consulté mon compte que le lundi”, se souvient Frédéric. Il tente de prévenir Pôle Emploi, mais trop tard. 48 heures après, le couperet tombe : il est effacé des listes. Il tente alors un recours car c’est la première fois qu’il rate un entretien. Mais sans succès.

Le cas de Frédéric n’est pas isolé. Rien qu’au mois de septembre 2015, 43 000 personnes ont été radiées pour non respect des obligations imposées par Pôle emploi. Cela signifie la perte des indemnités et l’impossibilité de se connecter aux offres de jobs disponibles sur le site de internet de l’organisme public. Le premier mois, Frédéric s’en est sorti grâce à son travail à mi‐temps… qui s’est terminé en juillet. “Le deuxième mois de la radiation, j’ai dû me nourrir grâce à des aides alimentaires.”

“Le système est hypocrite”

Des sanctions aussi violentes que la perte de salaire, ça n’existe que pour les chômeurs”, s’énerve Rose‐Marie Pechallat, cofondatrice de Recours Radiation, un site pour aider les chômeurs à faire reconnaitre leurs droits. Au sein de cette association, elle milite pour que Pôle emploi ne puisse pas supprimer les chômeurs de ses fichiers. “Le système est hypocrite : les radiations ne servent qu’à faire rentrer et sortir artificiellement des gens des chiffres du chômage. Aujourd’hui, 80% d’entre elles ont pour motif une non‐présentation à un rendez‐vous.”

“Heureusement que je vis dans ma famille. Elle m’a soutenu”

Ayoub Daf, jeune acrobate de 25 ans, n’a pas été surpris en recevant l’annonce de Pôle emploi. “Je me suis blessé en 2013, je n’ai pas pu présenter assez d’heures de travail, raconte cet intermittent du spectacle. J’ai reçu beaucoup de lettres m’avertissant de ma radiation future. Je savais que ça allait arriver.”  De toute façon, il ne comptait guère sur le système de Pôle emploi pour dégoter un job. “J’ai fait un BTS Transport et Logistique avant de devenir artiste. De Pôle Emploi, je n’ai reçu que des offres me demandant d’avoir 3 à 4 ans d’expériences dans les transports. Mais dans ce domaine, je n’ai fait que des stages”, soupire‐t‐il.

Depuis, ce fan des Yamakasi a monté à Aubervilliers sa propre école de “parkour”, sport qui consiste à utiliser le mobilier urbain comme terrain pour courir, sauter et escalader. “Il fallait que je trouve quelque chose à faire après ma blessure. Je n’avais plus d’argent. Heureusement que je vis dans ma famille. Elle m’a soutenu”, se souvient‐il.

Il existe dix motifs de radiation, listés sur le site de Pôle Emploi. De l’absence à une convocation aux fausses déclarations, les durées de sanction vont de 15 jours à 12 mois. Depuis le 28 septembre, trois régions expérimentent un dispositif visant à contrôler les chômeurs dans leur recherche de travail. Une initiative qui ne rassure pas Rose‐Marie : “un chômeur ne peut pas prouver qu’il recherche un emploi car très peu d’employeurs délivrent des attestations d’entretiens à Pôle emploi. Ce motif de radiation est le moins vérifiable de tous.”. Pour elle, “les fraudeurs qui savent comment faire de beaux dossiers seront les moins pénalisés.”