Jeu vidéo : industrie cherche reconnaissance

Malgré un poids économique grandissant, le jeu vidéo est loin d'avoir l'image de marque des autres industries culturelles françaises.

Longtemps cantonné à l’image de quelques types chevelus dans leur garage, le secteur du jeu vidéo est aujourd’hui un poids lourd de l’économie française. Il représente le troisième chiffre d’affaire des industries culturelles (2,6 milliards d’euros en 2013 contre 1,8 milliards en 2006) derrière le livre (2,8 milliards) et le cinéma (2,7 milliards). Selon un rapport du ministère de la culture et de la communication publié en 2015, 70% des Français déclarent jouer à des jeux vidéo contre 20% au début des années 2000, un chiffre qui s’explique en partie par l’explosion des applications sur téléphone. La moyenne d’âge progresse également avec un passage de 21 à 32 ans. Aujourd’hui, 51% des foyers français sont équipés d’une console de salon.

Dans l’économie française, le secteur des jeux vidéo est le champion de l’exportation. Il réalise 66% de son chiffre d’affaires à l’étranger contre 7% pour les autres entreprises culturelles marchandes. La France occupe une place particulière dans un paysage vidéo‐ludique mondial dominé par les Etats‐Unis (Microsoft, Electronic Arts, Activision ou Take‐Two) et le Japon (Nintendo, Square Enix ou Sony). Ubisoft est le seul éditeur européen à faire figurer des jeux dans le top 100 des ventes mondiales en 2014 (7 jeux). Mais si le géant navigue sous pavillon français, il a internationalisé sa production. Ses plus gros succès (la série Assassin’s Creed et le jeu d’anticipation Watchdogs) sont réalisés par ses studios à Montréal (Canada).

Les studios français ont la cote auprès des éditeurs étrangers, comme par exemple les Lyonnais d’Arkane Studio qui ont développé Dishonored (1,44 millions de ventes sur les six premières semaines) et Bioshock 2 (plus de trois millions de ventes) pour les Américains Bethesda Softworks et 2K Games.

Le jeu vidéo, vilain petit canard des industries culturelles

Malgré des performances économiques qui le placent à un niveau proche du cinéma et du livre, le jeu vidéo bénéficie d’une considération bien moindre. Pour Guillaume de Fondaumière, directeur du studio français Quantic Dream et président du syndicat national du jeu vidéo (SNJV), ces critiques ne sont pas inquiétantes : “Toutes les industries culturelles ont essuyé des critiques à leurs débuts. Dans les années 1970, on accusait la bande dessinée de pervertir la jeunesse. Le cinéma et le rock’n’roll ont aussi été tenus responsables de tout un tas de maux”. Interrogé par France TV info, il explique le mépris pour le jeu vidéo par rapport aux autres industries culturelles : « C’est une jeune industrie, qui s’est développée extrêmement rapidement, et de manière moins institutionnalisée que les autres » et souligne que « le jeu vidéo ne s’est toujours pas imposé comme une forme véritable d’expression culturelle auprès de tous. »

L’expression culturelle dans le jeu vidéo, c’est justement le combat de Jean‐Jacques Launier, co‐fondateur du musée Art Ludique à Paris et commissaire de l’exposition « L’art dans le jeu vidéo. » Il met en avant dans un entretien pour le site Les Numériques le mépris pour le jeu vidéo dans le monde culturel : « C’est plus difficile de divertir que d’embêter le monde, néanmoins aux yeux de la culture, c’est souvent considéré comme un art. » Il défend le jeu vidéo comme un art à part entière : « Le jeu vidéo fait appel au dessin, à la peinture, à la sculpture, à la musique, à l’écriture… c’est la création de mondes incroyables, la création de centaines de personnages et qui, bien sûr, fait appel à l’interactivité. Il n’y a aucune autre forme d’art qui propose une telle variété d’expériences aux gens qui s’y adonnent. »

La Paris Games Week, le salon qui monte

La Paris Games Week est un symbole de la progression de l’industrie vidéoludique en France. Lancé en 2010, ce salon annuel dédié aux jeux vidéo a rassemblé 272 000 visiteurs en 2014 contre 120 000 pour sa première édition en 2010. La surface du salon organisé Porte de Versailles n’a cessé d’augmenter, passant de 14 kilomètres carrés à 62 et de 28 exposants professionnels à 123 cette année. Une édition 2015 marquée par la tenue inédite d’une conférence du géant japonais Sony, qui a préféré le salon parisien à ceux de Milan, Birmingham et Madrid. Cette conférence, pendant laquelle Sony devrait présenter un nouveau jeu et des images inédites de ceux déjà annoncés, offre un nouveau rayonnement international à la Paris Games Week, aujourd’hui deuxième plus gros salon d’Europe derrière la Gamescon de Cologne.