Le Goncourt en chiffres

Le plus prestigieux des prix littéraires français est aussi le plus vendeur, et constitue un enjeu majeur pour le monde de l’édition.

Le jury du Goncourt vient de livrer les quatre finalistes du prix littéraire pour l’année 2015. Nathalie Azoulai, avec Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L.), Mathias Enard, Boussole (Actes Sud,) Hédi Kaddour, Les Prépondérants (Gallimard) et Tobie Nathan, Ce pays qui te ressemble (Stock) sont toujours en lice pour le prix. Les dix membres de l’Académie choisissent d’abord 14, puis 8 puis 4 finalistes lors de trois sélections successives de septembre à octobre, avant de décider du lauréat final en novembre.

Depuis 2010, sur l’ensemble des nominés de la 2e sélection, soit huit titres chaque année, 65 % des romans sont publiés par seulement 5 maisons d’édition : Gallimard est largement en tête avec 10 romans, suivie par Actes Sud et ses 7 ouvrages, Grasset 6, le Seuil 5, et Stock 4. Au total, pour la cinquantaine de romans choisis lors des secondes sélections, seize maisons d’édition sont représentées.

Parmi les auteurs plusieurs fois finalistes, on retrouve des auteurs tels que Sorj Chalandon, David Foenkinos ou Mathias Enard, qui occupent souvent les premières places des ventes de livre. Mais l’obtention du prix permet en général de gonfler encore davantage ces chiffres.

La lauréate 2014, Lydie Salvayre, a publié son roman Pas pleurer fin août 2014, avec un tirage de 22 000 exemplaires. Selon le Figaro, son éditeur, le Seuil, annonçait dès la réception du prix un tirage supplémentaire de 250 000 exemplaires. L’éditeur de la romancière évoquait même le chiffre de 450 000 exemplaires. Un objectif difficile à atteindre, même pour un Goncourt. Le Goncourt 2013, Au revoir Là haut de Pierre Lemaitre (Albin-Michel) s’était toutefois vendu à 620 000 exemplaires fin 2014, à l’issue de 21 réimpressions.

Certains observateurs du marché du livre déplorent parfois le manque de diversité des éditeurs qui obtiennent le prix Goncourt. Depuis 2000, la maison d’édition Gallimard l’a obtenue cinq fois : en 2000 avec Ingrid Caven (de Jean-Jacques Shuhl), en 2001 avec Rouge Brésil (de Jean-Christophe Rufin),  en 2006 avec Les Bienveillantes (de Jonathan Littell), en 2009 avec Trois Femmes puissantes (de Marie NDiaye), en 2011 avec L’Art français de la guerre (Alexis Jenni).

Prix vendeur, le Goncourt s’efforce par ailleurs de promouvoir l’ouverture sans s’attarder sur sa dimension commerciale. Cette année, l’académie Goncourt et son président Bernard Pivot ont décidé d’annoncer la liste des finalistes depuis Tunis. «Nous sommes très sensibles aux autres pays où l’on pratique la langue française. Nous étions allés il y a deux ans à Beyrouth » rappelle Bernard Pivot. Outre la francophonie, le choix est symbolique, et présenté comme un acte « démocratique », puisque que l’annonce des finalistes a eu lieu ce mardi 27 octobre au musée du Bardo, là où des attentats avaient frappé la Tunisie en juin dernier.

Cette volonté d’ouverture rejoint la création de la « Liste Goncourt », des prix parallèles pour d’autres pays comme l’Italie, la Roumanie, la Pologne. Des jurys locaux y sont parrainés par l’Académie Goncourt pour récompenser un auteur national.