Maxime Poli : « La mort d’une langue, c’est la mort d’un peuple »

Pour les indépendantistes de Corsica Libera, la ratification de la Charte serait une victoire symbolique mais ne serait pas suffisante. Maxime Poli, candidat aux régionales, regrette le recul du nombre de locuteurs sur l'île.

Maxime Poli, candidat du parti indépendantiste Corsica Libera aux élections régionales de décembre, se bat pour la défense des langues régionales, mais estime que la ratification de la Charte ne serait de toute façon pas suffisante.

La ratification de la Charte des langues régionales, actuellement débattue au Sénat, est‐elle un combat pour vous ?

Cette Charte, même si elle est ratifiée n’est ni suffisante, ni indispensable à la défense de la langue corse, car elle n’implique rien de concret. Ce qu’on demande pour la langue corse, c’est le statut de coofficialité. Malgré cela, nous soutenons évidemment la ratification de la Charte. D’autant plus qu’elle pourrait nous ouvrir des portes en termes de négociation, notamment à l’échelle européenne… Nous la soutenons aussi car elle a une forte valeur symbolique.

Où en est le combat pour la reconnaissance de la langue corse comme langue officielle, au même titre que le Français ?

Le statut de coofficialité de la langue corse a été voté en 2013 par l’Assemblée de Corse à 36 voix sur 51, toutes tendances politiques confondues. Cela montre bien qu’il existe un statu quo qui dépasse les partis. Mais il y a en France un blocage constitutionnel. L’indivisibilité de la République et de la langue française est inscrite dans la Constitution, ce qui bloque le débat, contrairement à beaucoup d’autres pays comme l’Espagne, qui a reconnu officiellement ses langues régionales. Il y a aussi, à mon avis, un fort blocage mental et historique, car la France s’est construite en éradiquant les langues et les cultures préexistantes.

Je tiens à préciser également que notre combat pour le statut de coofficialité du corse ne se fait pas au détriment du français. Nous considérons aussi le français comme notre langue.

La langue corse est‐elle en danger selon vous ?

Oui, sans hésitation. Il existe actuellement 90 000 locuteurs sur 320 000 habitants en Corse. Il y a encore cinquante ans, 100% des Corses parlaient corse ! Ici, on dit « Morta a lingua, mortu u populu », la mort d’une langue, c’est la mort d’un peuple. Mais aujourd’hui parler corse n’est plus une nécessité au quotidien. De plus, il existe une vraie pression autour de la maîtrise de la langue corse. Certains préfèrent ne pas parler corse, que le parler mal, ce que je trouve dommage.

Parler corse quotidiennement n’est plus une nécessité, vous l’avez dit, mais est‐ce quand même possible?

Bien sûr, et dans ce sens nous avons lancé l’application Compru in Corsu qui permet de localiser les commerces corsophones, dans les villes de l’île mais aussi à Marseille ou à Paris, et même dans le reste du monde.

Comment se transmet la langue corse aujourd’hui ?

Récemment, un chiffre terrible est tombé : moins de 3% des familles corses choisissent d’apprendre le corse à leur enfant. Le corse aujourd’hui s’apprend essentiellement à l’école. Soit à travers la filière classique, c’est à dire en moyenne deux heures de cours par semaine en primaire et au collège, soit à travers les classes bilingues, ou la moitié des cours sont en corse. En moyenne une école sur 10 propose ces filières, qui sont très prisées car elles sont reconnues comme des filières d’excellence.

Quelle place occupe la langue corse dans vos revendications indépendantistes ?

J’estime que politiser la langue corse a été une erreur. Longtemps, le corse était exclusivement la langue des indépendantistes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est avec joie que je vois des hommes politiques de droite et de gauche commencer à apprendre le corse. A Corsica Libera, la langue reste bien entendu au cœur de nos revendications car elle est un élément constitutif de l’identité du peuple corse. On peut être indépendantiste et ne pas parler corse, ces militants existent, même s’ils sont peu nombreux. Par contre, j’estime qu’il serait incohérent pour eux de n’entreprendre aucune démarche d’apprentissage.