Diwan, quand le breton s’invite à l’école

Après le rejet par le Sénat de la proposition de loi sur les langues régionales, Diwan, un réseau d’écoles bilingues en breton offre une lueur d’espoir alors que la pérennité de la langue bretonne est en péril.

Mi‐septembre, devant les portes de l’école Diwan de Paris. Six enfants attendent. C’est trop peu. Faute d’élèves, la seule école bilingue bretonne de la capitale doit fermer, onze ans après son ouverture.

Un échec qui montre la difficulté de la langue à s’exporter. Pourtant, alors que le Sénat a rejeté mardi soir la proposition de lois sur les langues régionales, le réseau Diwan affiche une bonne santé en Bretagne.

Le réseau d’écoles bilingues breton Diwan –  qui signifie germe, en breton– se développe, année après année. Sur la seule rentrée 2015, le réseau a enregistré une hausse de 6 % des inscriptions. Au total, 4097 élèves fréquentent les bancs d’un établissement Diwan.

La première école maternelle voit le jour en 1977, après des décennies où parler breton était devenue une tare. Stéphanie Stoll, la présidente du réseau explique que « la transmission familiale du breton s’est effondrée au cours du XXème siècle. »

Rapidement, le réseau se développe. La première école primaire ouvre ses portes en 1980. Bientôt suivie par d’autres. Aujourd’hui, 45 écoles – toutes en Bretagne — sont estampillées Diwan.

« La particularité des écoles Diwan, c’est ce que nous appelons les méthodes d’enseignement en immersion », poursuit Stéphanie Stoll. Soumis aux programmes de l’Education nationale, toutes les matières, de l’histoire aux mathématiques, sont enseignées en breton. Seuls font exception, les cours de langue française.

Rapidement, les établissements se retrouvent confrontés à des difficultés dans le recrutement des professeurs. Depuis 1998, le réseau possède un centre de formation à Quimper (Finistère), mais « cela reste difficile de trouver des enseignants bretonnant », constate la présidente de Diwan.

Stéphanie Stoll se targue en revanche d’avoir, au sein de ses écoles, une grande diversité dans le profil des enfants. « Dans les années 1980, la plupart des élèves Diwan grandissait dans une famille bretonnisante. Aujourd’hui, il n’y a plus que 15 à 20% d’enfants dont les parents parlent breton ».

« Le développement de l’enseignement bilingue permet une reconnaissance de la langue et de la culure bretonne dans différentes couches de la population, dont certaines qui n’y étaient pas forcément sensibles », estime pour sa part Catherine Bourroulleg, directrice de l’Office public de la langue bretonne.

« Si on ne se prend pas en main, il ne se passera rien. » 

Malgré les bons résultats du réseau, la langue bretonne demeure en péril. Selon la dernière enquête disponible datant de 2007, réalisée par l’Office public de la langue bretonne, on compte 206,000 locuteurs actifs en France. Mais l’immense majorité d’entre eux a plus de soixante ans. Et si Diwan a ouvert le chemin à d’autres écoles bilingues – certaines sous le giron de l’Etat, d’autres privées –, la courbe des âges n’est pas prête de s’inverser.

D’ailleurs, faute de demandes, le réseau Diwan se concentre sur les écoles maternelles et primaires. Le secondaire ne trouve pas son public, avec seulement six collèges et un lycée.

Suffisant pour nourrir des craintes quant à l’avenir du patrimoine linguistique breton. « Il ne faut rien attendre de Paris et de l’Etat », estime Stéphanie Stoll. « Si on ne se prend pas en main, nous Bretons, il ne se passera rien. »

Et continuer de promouvoir le breton est, à ses yeux, indispensable car «  la langue est le premier des supports pour véhiculer plus largement la culture bretonne.”