Climat : la limite des 2°C, une barrière symbolique

Dans son rapport rendu public vendredi 30 octobre, l’ONU est formelle : le réchauffement climatique avoisinera 3°C d’ici à 2100. En cause, les engagements de réduction d‘émissions de gaz à effet de serre (GES) des différents états, qui sont jugés insuffisants. On est loin de l’objectif fixé à 2°C dans le cadre de la COP 21, qui se tiendra dans un mois à Paris. Si cette barrière de deux degrés est devenue depuis plus de 30 ans une donnée clé des négociations sur le climat, sa crédibilité scientifique est, elle, largement remise en cause.

Le chiffre de deux a été utilisé pour la première fois en 1977, par William Nordhaus, chercheur à l’Université de Yale. En étudiant l’évolution des températures sur les 100 000 dernières années, il en a conclu qu’au dessus de 2°C, le réchauffement climatique devenait critique.

Cette limite refait son apparition en 1996, dans le second rapport du GIEC. Elle est alors reprise par l’Union européenne pour la mise en place d’objectifs pour sa politique écologique. Elle sera également réutilisée en 2009 par le G8, lors d’engagements pris à l’Aquila en Italie, puis à la conférence des parties de Copenhague. Elle fait aujourd’hui office de repère dans l’horizon obscur des négociations sur le climat.

Mais si cette borne paraissait scientifiquement pertinente dans les années 90, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans son dernier rapport paru cette année, le GIEC préconise de juguler à 1°C le réchauffement climatique. Au-delà de ce seuil, le risque de montée des eaux est grand pour les états insulaires. Mathieu Orphelin, porte-parole de la fondation Nicolas Hulot ajoute que « de nombreuses espèces sont menacées, car incapables de s’adapter à de tels bouleversements de température ».

Pire, les conséquences du réchauffement climatique ne sont pas linéaires. Les dommages causés pour une augmentation d’un degré, entre 2°C et 3°C, feront des ravages bien plus importants qu’une hausse d’un degré entre 1°C et 2°C. Il est dès lors difficile de se rendre compte de l’étendue des dégâts causés par une hausse de température supérieure à 2°C.

Cette donnée est donc à la limite du non-sens scientifique, mais est nécessaire politiquement. Un point de vue qu’illustre Matthieu Orphelin : “Cette limite est déjà la preuve d’une défaite sémantique. 2°C c’est déjà du réchauffement climatique. Cependant, elle permet de voir si les effets fonctionnent : et rien que ça, c’est une victoire.”