Entre le FN et Les Républicains, le no man’s land de la droite

Il existe un espace politique entre les Républicains et le Front national, dans lequel Nadine Morano et les autres petits partis de droite doivent trouver leur place, sans pour autant s'aventurer en terre frontiste.

« Le Rassemblement Nadine plutôt que le Rassemblement Bleu Marine ». Au meeting qu’elle a tenu hier à Béziers, la ville de Robert Ménard, Nadine Morano a re‐precisé où elle se situait sur l’échiquier politique : pas trop LR pas trop FN, plutôt entre les deux.

Un espace politique très éclaté, où navigue des tenants du souverainisme, des ultra‐libéraux en rupture avec la droite classique, ou encore des franc tireurs en quête de notoriété. Avec un potentiel électoral incertain.

Ton virage à droite tu assumeras

A Béziers, Nadine Morano a assumé son virage à droite, avec des phrases choc dirigées contre Nicolas Sarkozy : « Il avait promis le karcher, lance‐t‐elle. Mais il était en panne, car à la place on a eu la pelle et la balayette. » Sur l’islam, l’eurodéputée condamne très vivement le port du voile intégral, et n’hésite pas à lâcher : « Dans nos rues, on voit désormais des femmes – enfin des femmes – on ne sait ce qu’il y a en dessous des voiles. C’est Belphegor. »

Comme Nadine Morano, ses concurrents politiques ont chacun leur propre sujet de prédilection. Avec Debout la France, Nicolas Dupont‐Aignan a choisi le souverainisme et l’opposition systématique à Bruxelles. Il avait claqué la porte de l’UMP de l’époque « en raison de la trahison du vote du peuple français au référendum de 2005 ». Sur son site internet, il dénonce les « différents accords européens qui organisent l’impuissance de la France au profit de technocrates non élus et des marchés financiers ». Un discours que l’on a souvent entendu dans la bouche d’élus du Front National.

L’espace médiatique tu occuperas

L’espace politique qui se trouve entre la droite traditionnelle et le Front national est occupé par un lot de petits partis qui se font remarquer de temps à autre par un coup médiatique du même type que celui de Nadine Morano sur le plateau d’On n’est pas couché (France 2).

L’eurodéputée a gagné en notoriété et — plus surprenant — en bonnes opinions. Un sondage Ifop réalisé à la mi‐octobre pour Le Point lui attribue 32% d’opinions favorables, soit 5 points de plus qu’avant sa phrase sur la France « pays de race blanche », controversée chez Les Républicains, qui lui avait coûté son investiture en Meurthe‐et‐Moselle pour les régionales.

Elle n’est pas la seule à adopter cette stratégie. Le maire de Béziers, Robert Ménard, s’est fait une spécialité de ce type d’irruption médiatique. Dernier scandale en date, l’ancien patron de Reporters sans frontières a déclaré la guerre aux kebabs de sa ville.

Philippe de Villiers, candidat à la présidentielle de 2007 et fondateur du parti royaliste « Mouvement pour la France », s’est fait également remarquer, jeudi 29 octobre, avec la sortie de son livre Le Moment est venu de dire ce que j’ai vu. Il s’y fait le témoin de la politique française et en tire une conclusion : « La classe politique va connaître le chaos. Il n’y a plus ni précaution à prendre ni personne à ménager. Il faut que les Français sachent. ».

Nicolas Dupont Aignan, lui, avait proposé d’organiser un référendum sur l’immigration. La pétition « Stop Schengen » proposait en septembre dernier de « rétablir les frontières nationales » : quelques jours plus tôt, l’élu de l’Essonne écrivait dans les colonnes du Figaro Vox que « la frontière c’est la paix ».

Du FN tu t’éloigneras

C’est un piège dans lequel il ne faut pas tomber si l’on veut rester dans cet entre‐deux idéologique. Nadine Morano récuse d’ailleurs tout rapprochement idéologique avec Marine Le Pen : « Je n’ai rien à voir avec les élucubrations économiques et la vision de l’Europe de Mme Le Pen, qui fait partie de nos adversaires ». Non, la députée européenne ne fera pas le jeu du Front National ! De son côté, Philippe de Villiers a souhaité soutenir le candidat DLF en Pays de la Loire, bien qu’il ait été tenté par le FN dans le passé. Nicolas Dupont Aignan récuse également toute affiliation avec Marine le Pen . Ou presque : s’il refuse catégoriquement toute alliance électorale avec le parti frontiste, le maire de Yerres ne nie pas partager certaines de ses idées : « Il y a un mouvement patriotique venu de l’extrême droite qu’elle incarne et un mouvement patriotique qui vient du gaullisme social que j’incarne », admettait‐il au JDD en novembre 2013. En octobre dernier, un sondage Ifop pour le JDD créditait le candidat DLF en Ile de France de 7% d’intentions de vote aux élections régionales de décembre prochain.