L’essor du rugby argentin

L’Argentine joue vendredi 30 octobre une petite finale de Coupe du monde de rugby. L’aboutissement d’une progression fulgurante pour un pays aux lacunes structurelles majeures qui ne jurait jusqu’à présent que par le football.

Ce n’est pas la première fois que les Argentins atteignent un tel niveau. En 2007, ils finissent troisième de la Coupe du monde. En 2011, ils butent sur les All Blacks en quarts de finale. Entre ces deux échéances, les Pumas se donnent un nouvel objectif : rivaliser avec les plus grandes nations de rugby. Mais les structures manquent. Seul un championnat amateur permet de former des joueurs, le Nacional de Clubes, depuis 1993. Il est doublé d’un championnat provincial qui réunit 25 équipes chaque année. Chaque équipe est appelée uniòn, qui représente une province ou une partie de province. La faiblesse de ce Campeonato Argentino de Mayores n’incite pas les jeunes talents à rester. Les plus prometteurs préfèrent s’exporter puis exploser en Europe. Jusqu’à l’arrivée d’un homme : Agustin Pichot.

Une ascension préparée

Pour booster un rugby à l’état embryonnaire, l’ancien demi de mêlée argentin Agustin Pichot lance le « pladar » dans les années 2000. Ce “plan de haute performance” s’inspire des méthodes du football américain. Il organise ainsi une draft pour recruter les meilleurs jeunes du pays, les intègre dans une sélection baptisée les Pampas XV, et les envoie disputer des tournois en Afrique du Sud et contre les nations du Pacifique. Pour créer des vocations, il faut insuffler une idée de jeu propre à l’Argentine. Et professionnaliser des joueurs capables de l’appliquer au plus haut niveau.

Les argentins se sont créé une identité, façonnée par les conseils du néo‐zélandais Graham Henry ou encore du français Fabien Galthié. Et ça marche. Le XV Albiceleste est par exemple le seul à maîtriser une technique de poussée en mêlée très particulière, la Bajada.

Toutes les grandes sélections ont leur compétition locale. L’Argentine a fait le forcing pour passer l’étape supérieure : intégrer un tournoi et s’entraîner régulièrement au contact des meilleurs. Ainsi, les Pumas ont enchaîné les gros matches : Vodacom Cup contre les Fidji et l’Australie, puis Tri‐Nations contre l’Afrique du Sud et la Nouvelle‐Zélande pour y affronter les meilleures équipes de l’hémisphère Sud.

Du foot au rugby

L’équipe a aussi pu compter sur le soutien indéfectible de son peuple durant cette Coupe du Monde, plus habitué au sport roi, le football. Une divinité argentine, en la personne de Diego Maradona, est même venue encourager les Pumas en tribunes pour deux matches. Le quotidien sportif Olé leur a consacré sa une à l’occasion des demi‐finales. Les supporters argentins, réputés très chauds, ont enflammé les stades anglais tout au long de la Coupe du monde. La culture du supportérisme est développée en Argentine, ou les groupes ultras (appelés hinchas) sont très en vue dans le monde du football. Les Argentins ont réussi à importer une petite partie de cette culture, notamment contre les All Blacks à Wembley, où tous les regards étaient braqués sur eux. Finir troisième d’une Coupe du monde viendrait récompenser la progression d’une sélection partie de rien (ou presque), et qui aura réussi à combler ses lacunes. Un tour de force.