Affaire Bettencourt : le procès contre les journalistes

Enième volet de cette complexe affaire, le procès contre le majordome et les journalistes s'ouvre mardi à Bordeaux.

Un procès “contre le journalisme et son essence démocratique.” Ce sont les termes employés par l’un des prévenus, le journaliste de Mediapart Fabrice Arfi. Cet aspect de l’affaire concerne les enregistrements réalisés pendant un an entre mai 2009 et mai 2010 par le majordome de Liliane Bettencourt.

En mai 2009, l’affaire n’est encore qu’un simple conflit familial. Ces enregistrements vont lui donner sa dimension d’affaire d’Etat, sur fond de trafic d’influence, d’abus de faiblesse et autre détournement fiscal. Publiés sur le site de Mediapart et dans le journal Le Point, les enregistrements donnent un souffle nouveau à une affaire qui patinait sans preuve. Ces enregistrements compromettent notamment “l’ami” de Liliane Bettencourt, François-Marie Banier et le gestionnaire de fortune de la veuve, Patrice de Maistre.

Quid du procès, alors ? Les trois journalistes, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme (passé au Monde depuis) de Mediapart et Hervé Gattegno du Point ainsi que les directeurs des publications, Edwy Plenel et Frantz-Olivier Giesbert sont poursuivis pour “détention et diffusion de documents portant atteinte à l’intimité de la vie privée”. La justice reprend les preuves fournies par les enregistrements et somme les journaux de retirer le contenu de leur site et journaux.  Ce n’est pas tant le contenu que le fait de l’avoir publié qui vaut Le majordome de la milliardaire, à l’origine de l’enregistrement sera également jugé.

” Une attaque contre (…) le journalisme ” 

Les journalistes dénoncent un procès aberrant, qui porterait atteinte à la liberté d’informer et au droit des citoyens de “savoir”. Mediapart rappelle que ces enregistrements clandestins ont permis la condamnation d’autres personnes pour des faits avérés. L’accusation de divulgation de la vie privée ne convainc pas davantage les prévenus. Ils affirment avoir largement fait le tri dans le contenu des enregistrements et n’y voir “aucune vie privée” mais uniquement de “la fraude fiscale, du conflit d’intérêt…”

A la question “fallait-il en divulguer le contenu ?”, les journalistes répondent par l’affirmative, au nom de leur “strict devoir d’information”.