La pauvreté touche de plus en plus de retraités

La polémique autour de la hausse de la fiscalité sur les retraités a mis en lumière la situation difficile de beaucoup d'entre eux.

C’est un couac que le gouvernement aurait bien aimé éviter, à cinq semaines des régionales : la hausse subite des impôts locaux sur les retraités modestes a forcé l’Etat à un rétropédalage subit et embarrassant. Pourquoi une telle panique ?

Tout part d’une mesure prise en 2008 par Nicolas Sarkozy, alors président de la République. Le gouvernement décide de la suppression progressive de la “demi‐part des veuves”, un avantage fiscal qui permettait aux parents ayant perdu leur conjoint(e) d’échapper à la taxe d’habitation et à la taxe foncière.

“Nous sommes débordés par les demandes”

Avec l’abandon de cette demi‐part, définitif en 2013, quelques 250 000 retraités modestes n’acquittant pas l’impôt sur le revenu deviennent redevables de la taxe d’habitation ou de la taxe foncière. L’exécutif s’était alors empressé de prolonger les exonérations d’impôts locaux pendant un an en 2014. Avant de voir revenir la menace en 2015…

Une situation pour le moins délicate pour un gouvernement de gauche, qui s’est donc livré à une mise au point précipitée : pendant que Manuel Valls promettait le maintien de l’exonération pour 2015 et 2016, Christian Eckert, le secrétaire d’Etat au budget, appelait les retraités modestes à ne pas payer leur taxe d’habitation…

Car à en croire les services sociaux et les syndicats, la situation fiscale des retraités modestes est de plus en plus difficile. “Nous sommes débordés par les demandes”, confie une membre du Secours Catholique. Francisco Garcia, président de l’Union nationale des retraités et des personnes âgées (UNRPA), enrage : “Depuis quelques années, les retraités sont de plus en plus nombreux à payer des impôts. De très nombreux retraités doivent avoir recours au Secours populaire ou au Secours catholique.

 

Retraités cotisants

 

Pour la majorité des retraités, la pension est un complément de revenus. Les plus modestes d’entre eux perçoivent le minimum vieillesse, aujourd’hui renommé “allocation de solidarité pour les personnes âgées”.

 

Pensions minimum vieillesse

 

Pami ces retraités modestes, de plus en plus paient des impôts, “250 000 de plus qu’en 2008 ” d’après Francisco Garcia. Le président de l’UNRPA s’insurge contre les mesures insuffisantes prises par le gouvernement : “Ce que nous réclamons, c’est le respect. Le 1er octobre dernier, le gouvernement a annoncé une hausse de 0,1% des pensions de retraite : pour quelqu’un touchant le minimum vieillesse, c’est une hausse de 84 centimes, même pas le prix d’une baguette de pain. C’est le symbole d’un manque total de respect du pouvoir politique pour les retraités.”

Ce qu’illustre la colère du militant, c’est la précarité dans laquelle vivent les retraités les plus pauvres : pour M. Garcia, la situation d’un retraité au minimum vieillesse est similaire en tous points à celle d’une personne touchant le RSA.

RSA Minimum

Le président du syndicat de retraités estime que 2 millions de retraités vivent en‐dessous du seuil de pauvreté, soit plus de 10% des retraités.

Le geste du gouvernement répondait sans doute à une nécessité électorale, mais ses conséquences sociales ne sont pas à négliger. Avec la fin de la demi‐part des veuves, ce sont 250 000 retraités qui auraient dû s’acquitter de la taxe foncière ou la taxe d’habitation, alors que leurs revenus sont trop faibles pour être imposés. D’après Les Echos, 450 000 retraités modestes n’auront pas à payer la taxe d’habitation en 2015 suite à l’annonce de Christian Eckert.

Faire face au défi de la pauvreté des retraités est toutefois une épreuve longue et difficile : Francisco Garcia dresse ses objectifs : “Il faut revenir à l’indexation des pensions sur les salaires (abandonnée en 1987, ndlr),et arrêter de créer une division entre les retraités et les actifs. On est tous dans le même bateau. Nous devons prendre des mesures pour qu’aucune pension ne soit inférieure au seuil minimum de pauvreté.”