Laurent Fiocconi, une vie de gangster

Parmi les accusés du procès de la "papy connection" qui s'ouvre aujourd'hui à Marseille, Laurent Fiocconi, dit "Charlot", 74 ans, légende du banditisme à la française.

Son retour dans le box des accusés n’a surpris personne. Appuyé sur une canne, un appareil auditif dans l’oreille, ce n’était pas la plus flamboyante confrontation de Laurent Fiocconi avec la justice, et peut-être pas la dernière : hors-la-loi, il l’a toujours été.

Aujourd’hui, le septuagénaire comparaît au tribunal correctionnel de Marseille, parmi une dizaine de complices, accusé d’avoir fait transiter de la cocaïne dans des homards congelés.

Né en Corse en 1941, d’un père résistant mort en déportation, il est recueilli et éduqué par ses frères, proxénètes à Pigalle, qui l’initient au milieu. Après quelques braquages, il choisit le trafic de drogue, qui sera son gagne-pain pour le reste de ses jours.

Il grimpe vite les échelons, et rencontre en 1968 le caïd marseillais Francis le Belge, avec qui il va marquer l’histoire du banditisme international : à 28 ans, ils empoche son premier million, en acheminant cent kilos d’héroïne de Marseille à New York dans le thonier “Caprice des temps”. La “French connection” est née. Et la police américaine découvre vite l’existence de l’enfant de Pietralba.

Après un second voyage, il est arrêté en Italie, et extradé vers les Etats-Unis. Qu’importe,  il s’évade du pénitencier de New York en façonnant des clefs avec de la mie de pain. De retour en France, il s’embarque tout de suite pour une troisième traversée, avant d’être de nouveau arrêté. Une deuxième fois, il s’évade — au bazooka cette fois — du pénitencier d’Atlanta, avant de se réfugier en Colombie en 1977. Se découvrant alors des talents de chimistes, il y restera presque trente ans, entre incarcérations, vie de famille, laboratoires clandestins et déjeuners avec Pablo Escobar, le baron de la drogue.

Avec le nouveau siècle lui vient le mal du pays : il retourne en Corse en 2000, et semble se retirer du milieu. Il est même blanchi, trois ans plus tard, pour un supposé trafic de cigarettes. Mais les ennuis, eux, ne l’ont pas oublié : en 2012, il est arrêté en Espagne, le coffre rempli de cocaïne diluée dans des savons. Aujourd’hui, Laurent Fiocconi retrouve les juges, avec plusieurs de ses anciens camarades à ses côtés. Mais s’il est reconnu coupable, pas sûr que “Charlot” s’évade à nouveau.