Paquet neutre : “C’est complètement ridicule”

Le paquet neutre ne cesse de nourrir la colère des buralistes, alors que sa mise en place va de nouveau être discutée à l'Assemblée nationale.

Posté derrière son comptoir, Emmanuel, tête baissée, semble absorbé par l’écran de son téléphone. Mais dès qu’un client rentre dans son bureau de tabac du IIe arrondissement, l’homme de 42 ans relève aussitôt le regard. “Je suis tout seul à travailler ici, il faut que j’ai les yeux partout, que je fasse tout moi‐même”, explique‐t‐il. Une situation qui l’empêchera de se rendre en fin d’après-midi à la Mutualité, où 7 000 buralistes sont attendus pour manifester contre la mise en place du paquet neutre. Pourtant ce n’est pas l’envie qui lui manque.

C’est complètement ridicule” assène‐t‐il d’entrée. Pour lui, le paquet est autant une plaie pour les buralistes qu’une aubaine pour le marché noir.  “Il y aura toujours les logos sur les paquets de contre‐bande, c’est comme ça que les gens se repèrent”. Il craint en outre que les clients soient “effrayés” par les paquets neutres.

La marque est donc un repère pour le consommateur, mais également pour le buraliste. Sa disparition risque de bouleverser les chaines logistiques comme le souligne Cédric, employé d’un bureau de tabac rue de Montmartre : “Le problème quand on va recevoir les paquets, c’est qu’on va se perdre, on risque de tout mélanger. C’est une grosse perte de temps”. Emmanuel abonde également en ce sens : “Ca va être le bordel pour servir le client. Vraiment au lieu de faire chier les gens qui bossent, ils feraient mieux de lutter contre le trafic.”

Et quand on leur parle de santé publique, les buralistes sont persuadés de l’inefficacité de la mesure : “Ce sera inutile”, déclare Emmanuel en nous montrant un de ces emballages banalisés, de couleur beige.

Le paquet neutre pourrait perturber l’activité des buralistes, même dans l’hypothèse où la consommation ne diminuerait pas : “Tu fumes, tu fumes. C’est pas parce que y a pas de logo que tu t’arrêtes. Les gens savent s’adapter pour la clope”, nous explique Cédric.

S’adapter, c’est justement le défi à venir des buralistes. Mais Emmanuel ne semble pas très optimiste : “On va devoir faire avec. Mais personne ne va nous aider. L’état n’a rien prévu pour nous. Rien du tout. ”