Laurent Blanc marche sur des oeufs

A quelques heures du match entre le Real Madrid et le Paris Saint-Germain, Laurent Blanc doit gérer les critiques de la presse et le sentiment de stagnation de son équipe.

Parfois, l’important, ce n’est pas les trois points. Le Paris Saint‐Germain a beau enquiller les bons résultats en Ligue 1 (10 victoires, 2 matchs nuls) et en Ligue des Champions (2 victoires et un nul), les réserves concernant la qualité de jeu et le potentiel de l’équipe ne s’effacent pas. Un flou constant entoure Laurent Blanc, l’impression que l’entraîneur du PSG est un cran en dessous des techniciens du gotha européen… Contrairement à l’immense majorité d’entre eux, le contrat de Blanc se termine en juin prochain, et n’a toujours pas été prolongé… Ce soir, le match contre le Real Madrid est attendu comme une réponse face aux doutes entourant le Cévenol.

Une communication en question

En première ligne des reproches adressés à Blanc figure la faiblesse de sa communication. Les tics de langage, la langue de bois et les manières hautaines de Laurent Blanc ne dessinent pas l’image d’un entraineur à l’aise et sûr de sa force. Dans sa une d’hier, le journal L’Equipe a directement ciblé le « Président », au fil d’un article assez largement à charge : « [Laurent Blanc] semble persuadé que ce sont ses résultats et sa qualité de jeu, et rien d’autre, qui lui permettront de sauver sa place. Ce n’est pas dit que ça marche comme ça au PSG. »

Signe d’une certaine tension, Blanc s’est senti obligé de répondre au quotidien dans sa conférence de presse d’hier : « Message à L’Equipe : ça fait deux ans et demi que je joue gros », a lâché l’ancien sélectionneur des Bleus avec une pointe d’agacement. Précisément, cela fait deux ans et demi, et Blanc n’est toujours pas indiscutable et indiscuté.

Blanc désarmé face aux stars ?

C’est évidemment la fameuse « qualité de jeu » qui pose le plus question. En Ligue 1, c’est acquis, le PSG « gère ». Au menu des matchs domestiques : possession écrasante, jeu au petit trot et envie à géométrie variable. Le spectacle, lui n’est pas au rendez‐vous. Et en Ligue des Champions, cette attitude de gestion permanente a paru handicaper les Parisiens, incapables de hausser leur niveau de jeu face au Real il y a deux semaines (0–0).

Laurent Blanc paraît désarmé au moment de faire des choix difficiles, souffrant d’un déficit d’autorité qui l’empêche de tailler dans le vif. Certaines stars (Ibrahimovic, Di Maria, Cavani) ont déçu dans les grands matchs, mais leur statut les protège. Le management de Blanc, basé sur le poids des joueurs dans l’effectif, lui a jusque‐là assuré la stabilité et l’appui des cadres du vestiaire. Mais il semble aussi empêcher le PSG de passer un cap, de se faire mal pour aller boxer contre les équipes dont il se targue d’être l’égal.

“Paris est timoré et complexé”

Ce soir au Santiago Bernabeu, Blanc ne renoncera pas à ses principes : « On a l’ambition d’imposer notre jeu ici. Je pense qu’on a les moyens techniques et physiques de le faire. Un 0–0 ne suffit pas », a commenté l’ancien entraineur de Bordeaux. Face à des Merengue encore une fois privés de plusieurs joueurs majeurs (Benzema et Bale absents, James Rodriguez sur le banc), une défaite mettrait un peu plus la pression sur Laurent Blanc.

A l’exception de l’élimination de Chelsea l’année dernière, le PSG et son entraineur ont jusqu’ici cultivé un complexe d’infériorité face aux grandes équipes. Pour Alain Casanova, l’ancien entraineur de Toulouse interrogé par Canal plus, il est temps d’en finir : « Paris est timoré et complexé face aux adversaires de renom. Le PSG a de la qualité et ne doit pas avoir de complexe face à un top club européen ». Casanova pointe notamment du doigt le manque d’ambition du coach parisien : « Son discours est un peu défaitiste. »

Le match face au Real Madrid est pour Laurent Blanc une chance, mais aussi un risque. Il a l’occasion de faire taire les critiques, d’asseoir son autorité et de s’affirmer comme l’homme de la situation avec une victoire. A l’inverse, un mauvais résultat épaissirait les doutes entourant le club de la capitale et son entraîneur. Jusqu’à ce que la pression devienne trop forte pour Blanc ? En tout cas, un certain José Mourinho pourrait bien se retrouver libre très prochainement…