Les policiers contre la délégation des contrôles routiers

Dans une interview publiée mardi 3 novembre, Nicolas Sarkozy propose de transférer les contrôles routiers aux sociétés d'autoroute. Une idée critiquée par les syndicats de policiers.

Nicolas Sarkozy retrouve ses sujets de prédilection. Dans une interview accordée au Parisien ce matin, l’ancien président de la République revient sur le thème de la sécurité, à quelques semaines des élections régionales et un peu plus d’un an des primaires du parti Les Républicains. Dans cet entretien aux allures de programme politique, la police fait figure de tête de proue. L’ancien « premier flic de France », ministre de l’Intérieur de 2002 à 2004, propose de « concentrer le travail de la police et de la gendarmerie sur l’ordre public, le renseignement, l’investigation », afin de rendre son action plus efficace. Or, pour recentrer, il faut déléguer : le président des Républicains affirme vouloir transférer plusieurs missions policières à des sociétés privées. Parmi elles, les concessions autoroutières devraient « constater les infractions » des automobilistes, puis « transmettre ces constats à l’autorité de police, administrative ou pénale ». « Je souhaite que les concessionnaires d’autoroutes aient la charge de la sécurité. Je ne vois pas pourquoi cela doit être exclusivement un motard de la gendarmerie ou de la police qui doit faire les contrôles de vitesse, sur un axe d’autoroute concédé par l’Etat. », renchérit‐il dans le même entretien.

Le problème, c’est que les syndicats de policiers ne l’entendent pas de cette oreille. A ces mesures censées améliorer leurs conditions de travail, ils répondent par une ferme opposition. Interrogé mardi 3 novembre sur RMC, le porte‐parole du syndicat Unité SGP Police‐Force Ouvrière (tendance de gauche), Nicolas Comte, est catégorique : « Je crois que ce serait extrêmement grave si la police nationale ou la gendarmerie désertait les autoroutes. Ces forces de l’ordre sont là pour faire appliquer à la fois le code de la route mais aussi toutes les règles de sécurité. » Même si Nicolas Sarkozy affirme qu’un tel transfert n’aurait aucun impact sur les tarifs des péages, le syndicat, lui, y voit une marchandisation de la sécurité publique. « Nous considérons, nous, que la sécurité est un droit pour l’ensemble des citoyens et que c’est à l’Etat de garantir ce droit pour tout le monde. Nous payons des impôts pour cela », ajoute‐t‐il. Un avis partagé par le syndicat Synergie Officiers, plus à droite, pour quoi les contrôles routiers appartiennent « aux pouvoirs régaliens » dont l’Etat ne doit pas se défaire.

Le Premier ministre Manuel Valls a également été prompt à réagir à ces affirmations de l’ancien président, exprimant son opposition par le biais de son compte Twitter.

Pourtant, la privatisation du contrôle routier n’est pas une idée neuve en France. La gestion des radars est déjà la prérogative d’une entreprise privée, la Sagem Securité. Elle‐même délègue la maintenance à un sous‐traitant. Sur ce sujet, le gouvernement actuel n’avance pas à contre‐courant. Le vendredi 2 octobre dernier se tenait un comité interministériel sur la sécurité routière, à l’issue duquel le chef du gouvernement avait annoncé une myriade de mesures destinées à réduire la mortalité sur les routes. L’une d’entre elles avait déjà déclenché l’ire des policiers : la mise en place de radars embarqués dont la gestion serait confiée à des sociétés privées. Ce ne seraient donc pas des policiers en civil qui parcourraient les routes de France avec des radars à leur bords, mais des employés d’entreprises assermentées. Tollé immédiat pour les syndicats : le jour‐même, Nicolas Comte déclarait sur France Info que « vouloir remplacer les policiers par des agents du privé qui se contenteront de rouler avec les radars n’est pas la solution ».

Si aucun pays n’a pour l’instant franchi le pas de la privatisation des contrôles de sécurité routière, plusieurs initiatives s’en rapprochent. En Autriche, la circulation sur autoroute est soumise à l’acquisition d’une vignette… Dont le contrôle est délégué à des entreprises privées. Dans les villes espagnoles, ce sont des sociétés de sécurité qui se chargent d’assurer l’ordre dans les métros. En France, la RATP dispose d’un service propre, souvent appuyé par l’intervention de la police.