Duflot-Mélenchon : je t’aime moi non plus

Les relations entre Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot sont fluctuantes. Depuis près de deux ans, les deux politiques ne cessent de se rapprocher et de s'éloigner au rythme des enjeux électoraux. Ils rêvent d'une union de la gauche mais doivent composer avec deux visions de la politique très différentes.

 

Nouvelle alliance en vue entre Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon. Le 13 novembre, la co-présidente du groupe Europe Ecologie les Verts (EELV) à l’Assemblée Nationale et l’ancien leader du Front de Gauche (FDG) se retrouveront lors d’un meeting à Montpellier. Ils apporteront leur soutien au candidat Gérard Onesta qui brigue la présidence de la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. Avec Provence-Alpes-Côte‑d’Azur, c’est la seule région où le FDG et EELV font liste commune pour les élections de décembre. Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon se retrouveront ainsi côte‑à ‑côte. Retour sur près de deux ans de relations conflictuelles.

Les prémices d’une histoire

30 mars 2014, second tour des élections municipales. A Grenoble, le Front de Gauche et Europe Ecologie les Verts présentent le même candidat. Eric Piolle remporte une large victoire avec 40% des voix. Il devance de 20 points son principal concurrent, le socialiste Jérôme Safar.

C’est le premier vrai rapprochement entre Cécile Duflot, alors ministre du Logement, et Jean-Luc Mélenchon. Le lendemain, la députée écologiste quitte le gouvernement et se rapproche des frondeurs et de la gauche non-socialiste.

En décembre 2014, Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon se retrouvent sur le plateau de l’émission politique de France 2 Des paroles et des actes. Face à David Pujadas, ils s’affichent complices et multiplient les appels du pied. «Il a un sens de la formule incroyable (…) Il peut vous exécuter en deux phrases. C’est très efficace», explique Cécile Duflot. «Votre livre n’est pas tendre non plus», répond Jean-Luc Mélenchon, évoquant De l’intérieur, publié par Cécile Duflot après son éviction du gouvernement. A la fin de la séquence, le député européen se félicite de cette bonne relation : «Ils se sont bien rapprochés de moi, je suis content».

Cecile Duflot et Jean-Luc Mélenchon le 4 décembre 2014 sur France 2. Montage par Le Lab d’Europe 1

Lune de miel politique

La montée en puissance de la coalition de gauche Syriza en Grèce et l’examen de la loi Macron à l’Assemblée Nationale donnent à EELV et au FDG de bonnes raisons de se rapprocher. Lors d’un meeting en janvier à Paris, Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon s’affichent ensemble et commencent à rêver d’un futur commun. Ils soutiennent Alexis Tsipras, grand favori des élections législatives en Grèce. «Nous voulons une autre politique en Europe comme nous voulons une autre politique en France», déclare Cécile Duflot devant l’ensemble de la gauche non-socialiste. Elle rend également hommage à Jean-Luc Mélenchon et son slogan lors de la présidentielle 2012, «l’humain d’abord». 

Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon lors du meeting en soutien à Syriza, le 20 janvier 2015 à Paris. JALLAL SEDDIKI / AFP
Cécile Duflot et Jean-Luc Mélenchon lors du meeting en soutien à Syriza, le 20 janvier 2015 à Paris. JALLAL SEDDIKI / AFP

Dans la foulée, Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot cosignent une tribune sur le site Médiapart pour « faire émerger une alternative à gauche porteuse d’une politique, citoyenne, féministe, écologiste et solidaire ». 

Jean-Luc Mélenchon continue sur sa lancée. Au cours d’un entretien dans le Journal du Dimanche il se dit «disponible pour 2017» et demande un programme partagé entre toutes les forces de gauche qui ne soutiennent pas le Parti socialiste. C’était sans compter sur le rétropédalage de Cécile Duflot. Son entourage estime que Mélenchon se précipite et se prononce contre une alliance «rouge-verte».

Finie l’union sacrée

L’ancien leader du Front de Gauche multiplie les sorties polémiques. Sur France 5, il qualifie Daniel Cohn-Bendit, député européen écologiste et proche de Cécile Duflot, de «grand dégénéré». Après l’assassinat de l’opposant politique russe Boris Nemtsov le 27 février, il juge que Poutine est «la victime politique numéro une» après ce meurtre. A cela s’ajoute les mauvais résultats aux élections départementales de mars 2015. EELV et le FDG qui présentent environ 500 listes communes, plafonnent aux alentours de 8% d’après les chiffres officiels. Le 31 mars 2015, Cecile Duflot met le feu aux poudres. Dans le journal Libération, elle critique le livre de Jean-Luc Mélenchon Le Hareng de Bismarck. Un pamphlet, dans lequel l’ancien leader du FDG remet en cause le modèle allemand avec véhémence. «Tu m’as fait l’honneur de m’envoyer ton dernier ouvrage, le Hareng de Bismarck , qui traite de ta vision de l’Allemagne et de la responsabilité de ce pays dans les malheurs de notre continent. (…) Ton Hareng, Jean-Luc, me reste en travers de la gorge», écrit Cécile Duflot. La réponse de Mélenchon ne se fait pas attendre.

Il réplique dans une tribune dans le journal L’Humanité. «Chère Cécile, pourquoi avoir donné ce ton soudainement si agressif à ta critique de mon nouveau livre, le Hareng de Bismarck ? (…) Tu fais mourir l’espoir d’un autre chemin à gauche.» 

Réunis pour les régionales ? 

Après ce conflit par voie de presse, les deux dirigeants politiques n’auront plus d’échange durant plusieurs mois. Seule exception, un tweet de Jean-Luc Mélenchon au milieu de l’été.

Mais avec l’arrivée des élections régionales de décembre 2015 et la crainte de voir le Front national s’imposer dans plusieurs régions, le couple pourrait bien se reformer. Réponse le 13 novembre à Montpellier.