Elections régionales : où sont les ZAD ?

Emmanuelle Cosse, Cécile Duflot et Noël Mamère étaient à Notre-Dame-des-Landes, mercredi 4 novembre, pour soutenir les opposants au projet d’aéroport. Un retour des ZAD dans le débat politique à l’approche des élections régionales. Quel est le positionnement des candidats sur les principales Zones à défendre? Quelques éléments de réponse autour de Zones à défendre bien connues.

Pays de la Loire
Notre-Dame-des-Landes : les Zadistes isolés

Les travaux de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes vont reprendre. C’est ce qu’a annoncé la préfecture de Loire-Atlantique vendredi 30 octobre. A un mois des élections régionales, le projet divise les différents candidats.

Le candidat du Parti socialiste, Christophe Clergeau, soutient le projet. Selon lui, l’aéroport est « indispensable » pour assurer « l’attractivité des territoires et leur capacité à gagner dans la mondialisation. » Ce soutien au projet pose problème pour les alliances éventuelles. Le Parti socialiste s’est allié à des écologistes locaux : Ecologie solidarité, Génération Ecologie, Ecologistes !, CAP21. Seul Europe-Ecologie-Les-Verts manque à l’appel, en raison de désaccords sur Notre-Dame-des-Landes. La tête de liste, Sophie Bringuy, a indiqué que la reprise des travaux pourrait constituer un obstacle à une fusion avec le parti socialiste pour le second tour des élections régionales.

Le parti Les Républicains est aussi en faveur du projet. Son candidat en tête de liste, Bruno Retailleau, a été ferme sur l’évacuation de la ZAD. « On se croirait à Damas ou à Mossoul. » Le parti a fait une alliance avec la liste du Modem pour ces élections. Or le Modem est opposé au projet d’aéroport. Sa tête de liste, Patricia Gallerneau a affirmé que son parti ne prendrait pas part au vote sur le projet qui pourrait avoir lieu lors de la prochaine mandature. « Dans un souci de cohésion » précise-t-elle.

Pour le Front national, « Ni ZAD, ni aéroport. » Pascal Gannat est la tête de liste du FN pour la région. Opposé au projet, le parti préconise une valorisation de l’aéroport de Nantes-Atlantique. Sa principale proposition : la construction d’une ligne de train entre la gare de Nantes et l’aéroport, à l’image de la ligne parisienne Orly-Val qui relie l’aéroport d’Orly à Paris.

Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées
Sivens ou la question de la gestion de l’eau

A Sivens dans le Tarn, les tensions autour du barrage refont surface. Pour le candidat Dominique Reynié (Les Républicains) les retenues d’eau sont essentielles à l’agriculture en Midi-Pyrénées/Languedoc Roussillon. « Il va falloir stocker de l’eau, c’est mon grand projet. » Le candidat de la droite et du centre ne comprend pas que Sivens ait pu connaître une telle opposition alors que des retenues d’eau bien plus importantes existent déjà dans les Hautes Pyrénées.

Gérard Onesta, tête de liste du Projet en Commun (EELV, Front de Gauche, régionalistes) dans la même région joue la carte de la connaissance du territoire pour contrer Dominique Reynié. Il rappelle que 80% de l’eau en période estivale est consommée par la culture du maïs particulièrement gourmande en la matière. Le salut passe selon lui non pas par le « bétonnage » mais par la « réflexion » pour une agriculture plus responsable et moins énergivore.

Enfin Carole Delga, l’ancienne secrétaire d’Etat au commerce (PS), tête de liste socialiste, ne s’est pas exprimée au sujet de Sivens. Elle était encore au gouvernement en octobre 2014 lorsque Rémi Fraisse est mort lors d’affrontements avec la police sur la ZAD. Elle avait alors déploré la mort du jeune homme, et ajouté qu’il fallait que ce barrage soit « proportionné aux besoins » des agriculteurs et de l’environnement.

Auvergne-Rhône-Alpes
Roybon fait encore débat

Le projet de Center parcs à Roybon fait toujours débat dans la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes. A quelques semaines des élections régionales, le projet revient régulièrement dans les déclarations des candidats.

Laurent Wauquiez, candidat Les Républicains pour la région, est en faveur du projet qui sera pour lui « générateur de milliers d’emplois ». Il reproche à la tête de liste socialiste Jean-Jack Queyranne, une « volteface.» Jean-Jack Queyranne s’était au départ prononcé en faveur du projet. Puis, il avait pris ses distances en 2014. Le 24 octobre dernier, le candidat socialiste a déclaré que le projet devrait faire l’objet d’un référendum. « J’ai toujours dit qu’il fallait suspendre les travaux le temps que la justice se prononce et qu’il y ait une conformité par rapport aux lois sur l’environnement » a‑t-il souligné.

Seul opposant véritable au projet : le rassemblement citoyen, écologique et solidaire. La liste est composée d’Europe-Ecologie-Les Verts, du Parti de gauche, d’Ensemble, de Nouvelle Donne et de Nouvelle gauche socialiste. Ils sont opposés au projet du groupe Pierre & Vacances. EELV a appelé à prendre part à la manifestation organisée par ZAD Roybon en novembre dernier. En juillet dernier, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l’arrêté préfectoral qui autorisait la destruction de zones humides dans la forêt de Chambaran. Cette autorisation était nécessaire au démarrage du chantier de construction du centre de loisirs Center Parcs.

Picardie-Nord-Pas-de-Calais
Les mille vaches attendent toujours

La ferme des milles vaches fait toujours parler. La confédération paysanne a demandé aux différents candidats de se positionner sur le projet dans une lettre ouverte le 30 octobre. Aucun d’eux ne s’est pour l’instant exprimé. Les candidats déclarés sont Pierre de Saintignon pour le Parti socialiste, Xavier Bertrand pour Les Républicains, Sandrine Rousseau pour Europe-Ecologie-Les-Verts et Marine Le Pen pour le Front national.

En octobre, la préfecture de la Somme a annoncé l’ouverture d’une enquête publique sur la demande d’extension de l’exploitation. En 2011, Michel Ramery, un entrepreneur de la somme lance le projet de la ferme des mille vaches. Le but : Construire une exploitation de 20 000 m2 abritant 1750 bêtes. L’exploitation deviendrait alors la plus grande ferme de France.

Normandie
Prémisses de récupération politique à Nonant-le-Pin

Le projet de centre de stockage de déchets automobiles de Nonant-le-Pin est le point de tension emblématique de la grande région Normandie. Porté par l’entreprise Guy Dauphin environnement (GDE), le centre n’a pour l’instant ouvert que deux jours en octobre 2013.

Noëlle Sandoz, présidente de l’association Nonant Environnement, est une figure de la contestation. A un mois des élections régionales, elle se sent globalement soutenue par la classe politique, et voit aussi poindre les premières tentatives de récupération en vue du scrutin. « Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) m’a appelé plusieurs fois ces derniers jours, il veut rencontrer l’association. Oui, ça sent la récupération à plein nez, il veut soutenir son candidat, Nicolas Calbrix. » L’écologiste Yanic Soubien (EELV), tête de liste aux prochaines régionales, est le premier soutien des opposants au centre. « Il est là depuis le début de la lutte, assiste à toutes nos réunions. Forcément, c’est un atout pour lui en vue de l’élection, mais il a toujours été sincèrement impliqué dans cette cause. »

Noëlle Sandoz se dit prête à rencontrer tous les candidats qui le souhaitent, mais elle tient à remettre la classe politique à sa juste place. « Ce ne sont pas les politiques qui ont fait avancer le dossier, mais le travail des associations et des riverains. » Après plusieurs recours juridiques, la cour administrative d’appel de Nantes se prononcera normalement en fin d’année pour autoriser ou non l’ouverture du centre de stockage.