Le «philosophe du désir» est mort : 3 choses à savoir sur René Girard

 

Le philosophe René Girard est mort. Le monde de la culture déplore la perte d'un brillant représentant de la pensée contemporaine.  Que faut-il savoir sur le plus américain des académiciens français?

 

 

 

 

Mercredi 4 novembre s’est éteint à 91 ans Réné Girard, anthropologue et théoricien de La mimétique du désir. Peu connu du grand public, professeur de l’Université de Standford aux Etats‐Unis et membre de l’Académie française, il a produit une oeuvre originale et cohérente. Critiqué par ses pairs qui lui reprochaient de faire l’apologie de la chrétienté en s’éloignant des sciences humaines, l’auteur de Mensonge romantique et vérité romanesque (1961) développait une pensée sur l’origine de la violence du monde.

Trois choses à savoir (parmi d’autres) sur ce penseur dont la disparition a suscité la réaction du président François Hollande, mais aussi de Jacques Attal et Fleur Pellerin.

  1.  Encore un cerveau français immigré aux Etats‐Unis

N’en déplaise aux intellectuels focalisés sur le slogan nostalgique “la France c’était mieux avant”, la fuite des cerveaux avait déjà lieu en 1947. A cette date, âgé de 23 ans et diplômé de l’Ecole de chartes en paléographie, René Girard décida de quitter sa terre natale pour l’Amérique, billet simple sans retour. Pas de road trip en Harley Davidson pour lui, il voyage en bus d’université en université. Doctorant en histoire dans l’Indiana, il trace sa voie à Baltimore, celle de l’anthropologie religieuse qui façonnera son travail tout au long de sa carrière. A partir de 1974, il enseigne à Standford où il dirige le département de langue, littérature et civilisation française. La bienveillance de ses collègues étasuniens tranche avec l’indifférence des universitaires français qui le considèrent comme un prédicateur chrétien. Lui s’attache à décrire la simplicité des rapports humains et l’exercice va s’articuler autour du désir de l’autre.

2. Il remplace l’expression “l’herbe est plus verte ailleurs” par “l’homme désire toujours selon le désir de l’Autre”.

Nous sommes tous des enfants qui nous battons pour jouer avec le hochet. Ce “désir triangulaire” tel qu’expliquer par René Girard, est à l’origine de tous nos conflits. Inutile que l’objet soit précieux pour qu’il soit désiré, l’homme veut ce que son voisin possède, c’est irrésistible. Pour le philosophe, dans tout désir il y a un sujet, un objet et un médiateur (celui qui indique au sujet ce qu’il doit désirer).

Le Mimésis du Désir

 

Exit “l’illusion romantique” chez René Girard, le désir est une imitation du désir de l’autre et non un objet unique. Les choix délibérés n’existent pas. Il suffit que l’œil se pose sur un objet (que nul ne regardait jusqu’alors) pour que celui‐ci soit convoité. L’ère moderne confirme ce postulat tant la publicité pousse l’individu à consommer ce que l’autre désire.

Dans une société où les différents sujets peuvent partager l’objet de leur convoitise, la violence n’a pas raison d’être. L’histoire se complique en régime de “médiation interne” lorsque deux personnes partagent le même désir mais sont trop attachés à son objet pour l’abandonner à l’autre. Les sujets deviennent alors des obstacles à leur propre désir. Là naît la jalousie, l’envie et la haine.

3. Il avait  expliqué philosophiquement les évolutions du terrorisme par un «désir de ressemblance»

René Girard analysait de manière simple les comportements humains, la rivalité des êtres (la concurrence) et leur réciprocité. En 2001, il accordait une interview au journal Le Monde pour réagir aux attentats du 11 septembre. A rebours des médias et des gouvernements qui exacerbaient les différences entre les islamistes radicaux et l’Occident, l’académicien démontrait que tous cherchent à satisfaire “un désir exacerbé de convergence et de ressemblance”.  Par delà la question culturelle, celle du mimétisme demeure : “dans la sophistication des moyens employés, leur efficacité, leurs conditions d’entrainement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains?”. Contrairement à ses interlocuteurs, René Girard ne s’étonnait pas de la violence commise à l’encontre de l’Occident. Pour lui, l’idéologie libérale fondée sur la concurrence fait naître des conflits qui ne se régleront que dans le sang.