Présidence du Conseil économique et social, un fauteuil convoité

La bataille pour la présidence du Conseil économique, social et environnemental s'intensifie alors que les 40 «personnalités qualifiées» viennent d'être nommées par François Hollande.

Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) s’apprête à faire peau neuve. Le mandat des membres de la troisième assemblée de la République s’achève le 15 novembre. Le conseil des ministres a adopté, ce jeudi, la liste des 40 «personnalités qualifiées» (PQ) choisies par le président de la République. Le «groupe des PQ» et les dix‐sept autres organisations membres de l’assemblée éliront d’ici à mi‐décembre leur nouveau président. Principales têtes d’affiche, le président sortant Jean‐Paul Delevoye et le vice‐président du Medef Patrick Bernasconi s’affrontent pour la présidence du Cese.

 

Profond renouvellement des «personnalités qualifiées»

Autant le préciser de suite, le Conseil économique, social et environnemental ne détient qu’une fonction consultative. Ses 233 membres représentants des forces vives de la Nation (patronats, syndicats et associations) conseillent le gouvernement et le Parlement dans l’élaboration des lois et les décisions relatives aux politiques publiques. Autrement dit, il donne son avis sans jamais décider. Le rôle du Cese fait donc débat. Certains demandent l’augmentation de ses prérogatives, d’autres son abolition claire et nette. «Le Conseil économique, social et environnemental ne sert à rien. Supprimons‐le ! », avait même lancé le député Les Républicains Hervé Mariton. Le Cese est certes discret, souvent raillé, mais il séduit toujours. L’Elysée a ainsi reçu plus de 500 candidatures pour faire partie des «personnalités qualifiées» du palais d’Iéna.

La liste des promus de François Hollande marque un profond renouvellement du « groupe des PQ ». Seuls six sortants sur 40 sont reconduits, comme par exemple Jean‐Paul Delevoye, Sylvie Brunet, qui a notamment travaillé sur les risques psycho‐sociaux, ou encore Claire Gibault, chef d’orchestre. Nommées pour leur expérience dans les domaines économique, social ou environnemental, ce sont en majorité des personnalités de la société civile qui font leur entrée. Souvent taxé de «placard confortable», de machine à pantoufler les recalés de la politique ou les bons copains de l’exécutif, le Cese cherche à modifier cette image. A l’Elysée, on revendique justement la volonté de ne plus utiliser cette assemblée pour procéder à « un plan social des recalés du suffrage universel ». Par ailleurs, comme dans l’assemblée sortante, une stricte parité est observée entre homme et femmes mais la moyenne d’âge, un peu au‐dessus de 50 ans, baisse sensiblement.

Les «personnalités qualifiées» remplaceront leurs prédécesseurs le 16 novembre. Et, à mesure qu’approche l’élection du président, la campagne tend à s’intensifier et les piques entre candidats à se durcir.

Le bras de fer entre Delevoye et Bernasconi

Les deux principaux candidats, le président sortant Jean‐Paul Delevoye et le vice‐président du Medef Patrick Bernasconi, bataillent pour le poste à grand renfort de déclarations médiatiques. Le premier promet de faire du Cese une «maison de la citoyenneté», le second «l’exemple français du dialogue social à l’allemande qu’on envie et loue si souvent ».

En guise d’arguments de campagne, Jean‐Paul Delevoye, 68 ans, ancien ministre de la Fonction publique de Jacques Chirac, fait valoir son bilan. Notamment l’assainissement des finances de l’institution et la place faite à la «parole du citoyen». Celui qui brigue un second mandat promet de finir la transformation du Cese en «maison de la citoyenneté où le citoyen se réconcilie avec le politique».  Lors de la loi sur le mariage pour tous, Jean‐Paul Delevoye s’était vu reprocher de ne pas avoir assez considéré une pétition. Il évoque aujourd’hui son projet de permettre une saisine du Conseil à partir d’une pétition de 50 000 ou 150 000 signatures (au lieu du seuil actuel fixé à 500 000).

«Une maison du citoyen?», ironise Patrick Bernasconi, candidat déclaré dès juin 2015. « À force de s’exprimer sur tous les sujets, M. Delevoye n’a toujours pas compris ce qu’était le Cese. Je veux redonner un sens au Conseil.». Le numéro deux du Medef se félicite: « Grâce à ma candidature, c’est la première fois qu’on se préoccupe du Cese, qu’il y a du buzz autour ». Evoquant la transition écologique et l’uberisation de l’économie, Patrick Bernasconi estime que, sous sa présidence, le Cese pourrait «jouer un rôle d’éclairage en amont de la Cour des comptes en étroite collaboration avec elle».

Selon Jean‐Paul Delevoye, le vice‐président du Medef veut surtout assurer une mainmise du syndicat patronal sur le Conseil. «M. Bernasconi et son chef Pierre Gattaz veulent planter le drapeau du Medef dans le Cese qui n’a pas besoin de se transformer en conseil partisan. Il faut un président sans clivage et issu de la société civile».

Les soutiens se multiplient pour les deux favoris, mais rien n’est encore joué. Gérard Aschieri, professeur agrégé de lettres et ancien secrétaire de la Fédération syndicale unitaire (FSU), vient d’annoncer sa candidature et pourrait bien s’imposer en troisième homme. La bataille reste ouverte.