A quand un derby francilien en Ligue 1 ?

Le Paris FC reçoit demain à 14 heures le Red Star pour un derby inédit en Ligue 2. Respectivement 16e et 7e du championnat, les deux clubs nourrissent l’espoir de revaloriser le football francilien. Créteil-Lusitanos, 6e au classement, suit la même trajectoire. La fin d’une anomalie française ?

Stade Français, Matra Racing, Red Star, Paris FC, Paris Saint‐Germain… Paris n’a jamais souffert d’un manque de club. Pour ce qui est de leur niveau, la réalité est toute autre. Voir deux clubs franciliens s’affronter en deuxième division – Red Star face au Paris FC samedi – relance le rêve d’une capitale aux multiples clubs professionnels. Avec un Paris Saint‐Germain grand favori en première division et trois clubs franciliens présents dans l’antichambre de la L1, une nouvelle ère se profile‐t‐elle pour les clubs de la capitale? Que ce soit Créteil, actuel 6e, le Red Star (7e), et le Paris FC (16e), tous nourrissent de grandes ambitions. Il est vrai que la domination parisienne dans le football français est révolue depuis la Seconde guerre mondiale. L’entre deux guerre fut une période de gloire qui se termina par de nombreux soucis financiers mettant fin à l’hégémonie de la capitale. Depuis, le foot français n’est pas encombré par les clubs franciliens. La saison 1970–1971 a même été marquée par l’absence de club de la capitale en première division. La fédération française s’en inquiète. Elle lance un projet nommé « Paris Football Club ». Le Paris FC est né : échec total. Le club demeure pendant une année sans équipe ni stade. Il faudra attendre la fusion avec le modeste Stade Saint‐Germain pour que le club prenne forme. Le label PSG est choisi. Ici se trouve l’origine du Paris Saint‐Germain, un club parisien, mais un club seul.

Unique exception, la concurrence avec un ovni : le Matra Racing des années 80. L’homme d’affaire Jean‐Luc Lagardère eut l’ambition de concurrencer le PSG. Il reprend le Racing Club de Paris pour le baptiser Matra Racing.  Maxime Bossis, Luis Fernandez ou encore Pascal Olmeta portent cette équipe pour jouer, en 1987–1988, le podium de Division 1, comme le PSG. La fin des années 1980 est marquée par des derbys électriques entre les deux clubs. 1990, le Matra atteint la finale de la coupe de France, dernier fait de gloire pour un club qui n’est jamais revenu au haut niveau. Il stagne aujourd’hui en sixième division. Cela fait donc 25 ans que le PSG marche seul.

Les Qataris ont‐ils de quoi s’inquiéter ? Un peu, si l’on en croit le responsable de la communication du Red Star Maxime Eyrignoux : « Le derby de demain sera l’occasion de montrer que le football francilien n’est pas qu’à Saint‐Germain ».

La singularité parisienne en Europe

Pourtant si l’on compare les capitales européennes, Paris est nettement décroché. Le derby de la capitale est monnaie courante aux quatre coins de l’Europe. Lorsque Athènes voit l’Olympiakos et le Panathinaikos s’affronter et que Rome devient le théâtre d’un combat entre la Lazio et la Roma, c’est toute une ville qui s’enflamme. Dans les deux sens du terme… Si la tension est totale, le niveau de jeu reste le véritable intérêt de ces rencontres. Pour preuve, la finale de 2014 a permis au Real Madrid de remporter sa fameuse « décima » face à l’Atletico… de Madrid. Imaginez une finale de ligue des champions Paris Saint‐Germain – Red Star, impensable. L’exemple le plus symbolique provient de Première ligue, en Angleterre. Outre le North London Derby entre Arsenal‐Tottenham – antre de rivalités viscérales – la capitale londonienne fournit 6 clubs à l’édition 2015–2016 de première division : Arsenal, Chelsea, Crystal Palace, Tottenham, West Ham et Watford. En France, ligue 1 et ligue 2 confondues, on compte quatre clubs franciliens : PSG, Red Star, Paris FC et Créteil‐Lusitanos. L’écart est toujours présent. Le journaliste sportif de L’Equipe Dan Perez a une explication : « Contrairement aux autres grandes villes européennes, le PSG a regroupé l’ensemble de la ville parisienne. Sociologiquement, il n’a pas trouvé réelle opposition autre que la province. » Il est vrai que quand Tottenham possède le soutien d’une large partie de la communauté juive londonienne, Chelsea représente, à l’origine, une identité ouvrière. L’émulation n’est pas la même à Paris. Quoiqu’il en soit, la capitale française tente de renouer avec le professionnalisme multiple : « Le PSG est aujourd’hui la référence des clubs à Paris. Ce serait bien qu’il y ait plusieurs clubs parisiens en élite, qu’on soit l’égal des autres capitales européennes. On rêve forcément d’un derby Red Star‐PSG en L1 », espère le directeur sportif du Red Star Steve Marlet. En attendant, on se contentera d’un derby Paris FC‐Red Star demain à 14 heures en Ligue 2.