Ces élus qui ont quitté leur parti pour Marine Le Pen

Adhérer au Front national, c’est la voie qu’a finalement prise Daniel Philippot, colistier sur la liste régionale de droite de Christian Estrosi. Un choix qu’il justifie par «le virage vers le centre, et même vers le PS» de la liste menée par le maire de Nice. Annoncé mercredi 4 novembre, ce changement d’avis est loin d’être le seul acté à ce jour…

Ils s’appellent Sébastien Chenu, Fatima Allaoui, Julien Odoul, François Meunier ou Daniel Philippot cette semaine. Leur point commun ? Avoir quitté leur parti politique pour rejoindre le Front national. Par conviction politique pour certains, ou parce qu’ils estiment que le parti de Marine Le Pen renvoie une image plus lisse.

Daniel Philippot, «nous n’étions pas en phase» avec Christian Estrosi

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Daniel Philippot, qui est aussi membre du comité directeur national du Centre national des indépendants et paysans, figurera en 11e place sur la liste départementale du FN, «La France Plein Sud», qu’emmène Olivier Bettati, un ancien de l’UMP aujourd’hui parti au FN. Il justifie ainsi son départ : «nous avions trouvé un accord ensemble (avec Christian Estrosi), même si nous n’étions pas en phase sur tout. Mais je n’avais pas mesuré l’ampleur qu’allaient prendre l’UDI et le Modem sur sa liste», a‑t-il déclaré mercredi dans Nice Matin. Daniel Philippot a été remplacé hier par Jean-Pierre Vassallo, maire de Tende.

Sébastien Chenu : ras-le-bol de l’échec avec l’UMP ?  «Je ne vais pas passer ma vie à être candidat aux cantonales !»

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C’est le 10 décembre 2014 que Marine Le Pen a annoncé le nom d’une nouvelle recrue dans les rangs du collectif Rassemblement bleu marine, l’antichambre du Front national. Il s’agit de Sébastien Chenu, ex-secrétaire national de l’ancienne UMP, et cofondateur de l’association de défense des droits des homosexuels GayLib. Une arrivée saluée par les ténors du parti :

Un changement motivé par l’image d’un parti «plus excitant qu’un parti caporalisé (…) au visage humain», a t‑il déclaré au journal Libération. «Je n’ai pas entendu de propos déplacés ni rencontré de dingues. J’ai l’impression d’être à l’UMP, car les gens sont les mêmes, avec une différence : 30% ont moins de 30 ans. A l’UMP, pour les meetings, on mettait les cheveux blancs dans les cars Suzanne.(…) Je me sens beaucoup plus en cohérence qu’à l’UMP».

Mais ce qui le motive aussi, c’est son envie de victoire. En 2011, après un nouvel échec aux élections cantonales, il avait alors scandé : «Je ne vais pas passer ma vie à être candidat aux cantonales !». En 2014, Nathalie Kosciusko-Morizet ne lui avait pas donné la tête de liste de l’UMP dans le IIe arrondissement de Paris pour les élections municipales de mars 2014. L’homme de 42 ans s’en est donc allé. C’est sous pavillon frontiste qu’il s’est présenté aux dernières élections départementales de mars 2015 à Beauvais (Oise), avec l’espoir de gagner. Nouvel échec. Il recueille 41,51% des suffrages au second tour. Soit près de 8 points de moins qu’en 2011. Celui qu’on a surnommé « l’opportuniste » au moment de son départ de l’UMP n’a pas encore atteint son but.

 

Les aller-retour de Fatima Allaoui 

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En ce mois de décembre 2014, on pourrait croire que rejoindre les rangs de l’extrême droite, alors qu’on a porté la casquette de secrétaire nationale de l’UMP est en passe de devenir une mode. Une semaine après Sébastien Chenu, c’est au tour de Fatima Allaoui de claquer la porte de l’UMP. Ce ralliement a été annoncé vendredi 19 décembre par le vice-président du Front national, Louis Aliot :

Cette annonce fait suite aux révélations de son adhésion au Siel, un petit parti d’extrême droite allié au Front national. Et l’intéressée de se justifier ainsi : « j’ai fait une crise d’adolescence politique». Cette déclaration, publiée dans le journal Libération, intervient au moment même où l’UMP refusait de la présenter dans un canton favorable aux élections départementales.

En mars 2015, elle décide donc de se présenter à Béziers (Hérault) sous sa propre étiquette: «L’esprit biterrois». Une candidature que n’a pas soutenue le maire de la ville, Robert Ménard. «Fatima Allaoui m’a demandé plusieurs fois de la soutenir et j’ai dit non. J’en ai aussi parlé à Marine Le Pen, c’était non sans appel», explique-t-il dans Le Figaro. «Je me souviens qu’entre les deux tours des élections municipales, elle criait au loup, j’ai de la mémoire. Depuis, elle a cherché à savoir où elle pouvait exister mais aucun élu FN ou du Rassemblement bleu marine n’en voulait».

C’est peut-être ce refus qui a poussé Fatima Allaoui à manifester contre le FN le 27 mars, comme le rapporte le site du Midi Libre.

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Julien Odoul : conforme à ses idées

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En ce mois de décembre 2014, la moisson continue pour Marine Le Pen. Julien Odoul, ancien secrétaire général du groupe UDI au Conseil général de Seine-Saint-Denis rejoint les rangs frontistes. Nommé nouveau cadre dans le cabinet de Marine Le Pen, le jeune homme a en effet une autre corde à son arc. Plus jeune, la recrue frontiste a fait du mannequinat. A 21 ans (il en a 28 aujourd’hui), il a donc été cover boy pour le magazine gay Têtu. Historien de formation, Julien Odoul se définit comme «héritier du bonapartisme», «jacobin» et «souverainiste». Il explique au Scan du Figaro « avoir toujours eu la question du patriotisme chevillée au corps ». D’abord entré pour six mois au PS, où il soutient Laurent Fabius pour la primaire de 2006, il fait ensuite ses classes pendant deux ans auprès du centriste André Santini à Issy-les-Moulineaux. C’est l’ex-juppéiste Philippe Martel qui a permis en septembre 2014 le catapultage de l’ancien cadre de l’UDI vers les sphères dirigeantes du FN. Passer du centre au FN, Julien Odoul n’y voit pas d’incohérence: «Cela m’a permis de mettre en conformité mon engagement avec mes idées, pour la première fois.»

 

François Meunier : d’un extrême à l’autre

La municipalité d’Antony (Hauts-de-Seine) compte un nouvel élu FN depuis le mois de septembre. François Meunier a quitté l’extrême gauche, pour rejoindre l’extrême droite et créer un groupe FN au sein du conseil municipal. Un virage que l’élu explique ainsi : le FN est le seul parti «à défendre la classe ouvrière». Mais il reconnaît qu’il a été séduit par l’image plus lisse et l’apparent ménage que tente de faire Marine Le Pen au sein de ses troupes : «Je n’aurais jamais adhéré à ce parti si Jean-Marie Le Pen était encore là. Force est de constater qu’aujourd’hui, ce discours antisémite a disparu. Certains peuvent penser que c’est une stratégie politique. Moi, je ne le crois pas» a‑t-il assuré au Parisien. Aux municipales 2014, François Meunier, tête de liste Front de Gauche avait obtenu 9% des suffrages. Le FN avait renoncé à présenter un candidat. Aux départementales, en 2015, le binôme frontiste a obtenu 10,5% à Antony, celui du Front de Gauche, 5,67%.