À Monnerville, ce village où un électeur sur deux vote Front national

Monnerville, village tranquille de 400 habitants de l’Essonne, a accordé 50% de ses voix au Front national dimanche. Chez les habitants, un seul sentiment : celui de l’abandon.

Personne dans les quelques rues de Monnerville au lendemain du premier tour. Voici la commune où le parti frontiste a réalisé son plus gros score du département : 50,79%, contre 14,29% aux élections régionales de 2010.

Le maire divers gauche Jacky Billard, respirateur à la main et tube d’oxygène sous le nez, est déboussolé face à cette progression. Une déception pour cet élu, engagé à gauche et ardent combattant de “ces fascistes”. L’édile se risque à une explication et hausse le ton : “Les gens sont venus exprimer leur ras le bol général, de la gauche et de la droite. Ils se disent que l’on peut essayer le FN… Mais Hitler non plus, on ne l’avait pas essayé avant son élection en 1933 !” Guy Besnier, conseiller municipal, tente de calmer son collègue. “Bien sûr, le contexte national est en cause, mais ce n’est pas tout. Il faut voir aussi le manque de service de proximité.” Même si l’élu refuse de dire à qui il a accordé son vote, il avoue à demi‐mot faire partie “des gens qui en ont marre”. Marre de la baisse de dotations aux communes. Marre d’être “étranglé”. Marre de devoir “toujours payer”.

“Tout le monde est parti”

Payer, justement. Les habitants fustigent des impôts toujours plus élevés, pour des services inexistants. Corinne travaille au syndicat d’enlèvement des ordures ménagères de la communauté de communes d’Etampes. En tant qu’habitante de Monnerville, elle se sent “abandonnée”. “Il n’y a rien. Pas de services. Beaucoup de gens déménagent pour aller quatre kilomètres plus loin dans la région Centre où les impôts sont plus bas. Ils me disent tous qu’ils en ont marre de payer cher et de ne rien obtenir en retour’’. La quadragénaire trouve injuste de devoir “payer pour les communes du nord du département”.

Autre sujet de crispation: la loi NOTRe (nouvelle organisation territoriale), qui entraîne selon elle la disparition des petits syndicats. “Dans notre village, les poubelles, la cantine, tout est géré par eux. On doit donc annoncer aux gens que le service de proximité est terminé et qu’il est repris par un grand organisme.” Le maire approuve : “Tant qu’on continuera à éloigner les centres de décision des citoyens, la colère grandira.”

En arpentant les rues de Monnerville, le vide est frappant. Zéro commerce, zéro service public, zéro café. “Le dernier qu’on avait a fermé en avril”, se désole Alain, habitant depuis 20 ans. “La Poste est partie aussi, il ne reste que l’école, et pour combien de temps…”

Renée est Monnervilloise depuis 1945. Elle retrouve régulièrement son “club des Tamalous” (comprendre “t’as mal où ?”). Un club à la moyenne d’âge assez élevée. Avec un passe‐temps : le Scrabble. Les bulletins FN de la veille servent d’ailleurs à écrire les scores de chacun. Renée s’indigne : “On a plus rien, plus de commerçants, plus de dentiste, plus de boulanger. Et pour un médecin il faut aller aux urgences. Tout le monde est parti, et la commune dépérit.” Sa concurrente de jeu renchérit : “On est loin des petites villes. Pour faire les courses, mon fils doit m’emmener car je ne suis plus capable de conduire. Et des bus, il y en a cinq par jour…” Marie se joint à la partie et résume. “C’est sûr, le monde rural est oublié.” Un monde qui a répondu, ici, par un vote sans équivoque.