Au QG parisien du Front national, le sentiment que “l’heure est venue”

Il est 19h59 au 28 rue George‐V, le quartier général du Front national à Paris pour la soirée électorale. Élus et militants se pressent devant l’écran qui diffusera les résultats du premier tour des élections régionales à 20 heures pile. L’impatience est à son comble. Les premières estimations sont tombées et les résultats s’annoncent très bons.

20h00. France 2 commence par diffuser son estimation nationale. Première effusion de joie à l’unisson dans la salle de presse. Le Front national arrive en tête, devançant pour la première fois l’union de la droite et du centre.

Puis région par région, les résultats tombent. 40% pour Marine Le Pen dans le Nord‐Pas‐de‐Calais. Près de 42% pour Marion Maréchal Le Pen en Provence‐Alpes‐Côte d’Azur. Un début de Marseillaise est entonné, vite interrompu par l’apparition des 35% de Florian Philippot dans la région Grand Est. À chaque résultat qui place le Front national en tête, la salle explose. C’est le cas à six reprises. Une ambiance de match de football règne. Boostés par la victoire, les militants se mettent à scander : “Et un, et deux, et trois zé‐ro !”

“Premier parti de France”

“Raclée électorale”, “victoire historique”, “débâcle UMPS”… Après l’annonce des résultats, les superlatifs s’enchaînent pour caractériser la soirée électorale. Au point que le 6 décembre 2015 a quasiment surpassé le 21 avril 2002 dans l’esprit des militants.

“À l’époque, personne ne s’attendait à voir Jean‐Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. On a tous été pris au dépourvu, se souvient Éloi Dumesnil, 44 ans et militant au Front national depuis vingt ans. Cette fois‐ci, le bonheur est d’autant plus fort qu’on s’est préparés à la victoire. Il y a le sentiment que l’heure est venue.”

“Premier parti de France” : un titre revendiqué par le Front national depuis les élections européennes de 2014. Le score historique obtenu dimanche soir rend aujourd’hui sa contestation difficile pour ses concurrents. Le gouvernement socialiste s’en défend en soutenant que l’ensemble des listes de la gauche et des écologistes additionnées font un meilleur score.

“La gauche nous fait rire. Elle est tellement unie et forte qu’elle se retire pour la droite, s’amuse Gaétan Marzo, 19 ans et conseiller municipal frontiste à Créteil. Ce sera d’ailleurs le cas des deux côtés. L’UMPS ne surprend plus personne. Nous sommes les seuls à incarner le changement.”

Comme un soir de deuxième tour

Pour la première fois de son histoire, le Front national est présent au second tour dans la totalité des régions. Dimanche prochain, il figurera dans de nombreux conseils régionaux. Des responsabilités que les colistiers sont loin d’appréhender, bien au contraire.

“Non seulement nous sommes prêts à figurer dans les conseils régionaux, mais aussi à les gouverner”, affirme Gaétan Marzo. Depuis dimanche soir, rien ne peut ébranler la confiance de ce colistier de Wallerand de Saint‐Just en Île‐de‐France. Dans cette région traditionnellement compliquée pour lui, le Front national est absent depuis les dernières élections en 2010. “Je vous garantis que nous allons y faire une entrée fracassante.”

“On a fait un carton et on va transformer l’essai dimanche prochain !”, assure Franck, 53 ans. Les militants célèbrent la victoire comme un soir de second tour, à grand renfort de petits fours. Confiants, les militants exultent à la sortie du QG: “Bon, à la semaine prochaine pour le champagne !”