Face au FN et à l’abstention, les éditorialistes de France ont la “gueule de bois”

Au lendemain du premier tour des élections régionales, coup d’oeil sur ce que les éditorialistes de la presse quotidienne retiennent du scrutin.

La victoire du Front national est au bout de toutes les plumes. Certains journalistes, comme Alexis Brézet du Figaro ou Christophe Bonnefoy du Journal de la Haute-Marne, n’hésitent plus à baptiser le Front national “premier parti de France”. Mais c’est l’abstention, cette “singulière façon de témoigner de son civisme” selon Raymond Courrau de l’Alsace, qui reste, pour La Croix, L’Alsace, La Presse de la Manche, L’Union, Presse Océan ou encore Le Républicain Lorrain, la vraie problématique de cette élection.

Gueule de bois”, “signe de défiance envers les politiques” pour Hervé Chabaud de L’Union, le non-vote reste surtout la meilleure façon de se voir imposer un parti sans même avoir eu son mot à dire. Dans La Croix, Guillaume Goubert affirme “qu’on ne peut pas se résigner à l’idée qu’un choix symboliquement aussi lourd repose sur une base de votants étroite”. Et appelle à voter, tout simplement.

Abstention en baisse, pas assez pour sauver le PS

Pourtant, le taux de l’abstention (50,2%) est plus faible que lors des précédentes élections régionales (53,6% en 2010). Cette relative mobilisation des électeurs n’a pas suffi à modifier profondément les pronostics, mais pour Bernard Stéphan de La Montagne, elle a permis à la gauche d’être “au-dessus du niveau estimé par les sondages”.

Elle n’a pas su échapper au raz-de-marée de l’opposition qui, selon Bernard Stéphan de La Montagne, Michel Urvoy de Ouest-France et Mickaël Tassart du Courrier Picard, aurait pu être évité si les partis de gauche avaient su s’unir. La Montagne le rappelle : totalisées, les voix des partis de gauche placent ces derniers en tête dans de nombreux territoires.

Mais il a été difficile voire impossible de ne pas percevoir la sanction de la politique menée par le gouvernement de François Hollande : Stéphane Albouy dans Le Parisien-Aujourd’hui en France rappelle que les régions qui ont voté le plus massivement pour le FN sont également celles où le chômage est le plus élevé.

Désillusion et rejet des élites, le cocktail explosif

C’est la “désillusion” des populations de ces territoires, face à une “immense attente” trop de fois déçue, qui pousse les électeurs dans les bras du FN, “médecin imaginaire qui prétend guérir tous les maux” pour Dominique Souléry de La Dépêche du Midi.

Comme l’écrit Nicolas Beytout dans l’Opinion, la droite et le centre ne “seront pas épargnées par les questions existentielles” : plus que le PS, François Hollande et les Républicains, c’est contre les élites politiques que la défiance est désormais ancrée.

Ces mêmes élites, dont le principal échec pour Jean-Michel Bretonnier, de La Voix du Nord, est de ne pas avoir su démontrer “que le Front national n’est pas la solution” et que son “programme est à peu près le contraire de ce qu’il faut faire pour sortir notre pays de son marasme.”

Un nouveau venu : le tripartisme

Cette défiance des élites a engendré un phénomène nouveau en France : le tripartisme. Notée par Le Figaro, L’Opinion, L’Est Eclair et Presse Océan, “cette nouvelle situation fracasse les codes des soirées électorales antérieures, remarque Nicolas Beytout, et laisse les perdants sans stratégie.” Quelle attitude les partis traditionnels doivent-ils adopter pour enrayer ce qui n’est plus seulement la montée, mais l’installation du FN dans les votes des Français ?

Responsabilité et maturité sont exigées des états-majors des partis : “responsabilité”, pour savoir retirer les listes arrivées en troisième position selon Jean-Marcel Bouguereau de La République des Pyrénées. “Maturité”, pour savoir s’allier ou se rapprocher pendant l’entre-deux-tours, un modèle à l’allemande réclamé par Jean-René Lore dans L’Est Eclair.

Philippe Palat dans Le Midi-Libre martèle que “la violence des mots, la virulence des projets et l’anathème jeté sur les gouvernements successifs n’ont jamais permis de bâtir un projet politique”. 

Michel Klekowicki dans Le Républicain Lorrain est le seul à vraiment s’interroger sur la capacité du FN à “enfoncer le clou dimanche prochain”. Pour lui, le second tour “risque de se jouer hors des urnes, à coup d’alliances et de savants calculs.”