Comment Solferino a tenté de faire tomber Masseret

La région Grand Est a vécu un mardi sous haute tension. Entre la tête de liste socialiste, Jean-Pierre Masseret qui refuse de se désister pour le second tour et le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui refuse de voir tomber la région aux mains du FN, un duel s'est engagé. Récit déroulé d'une journée historique.

 

Le suspense a duré jusqu’au bout. Jusqu’à 18 heures ce mardi, personne ne savait ce qu’il adviendrait de la candidature de Jean-Pierre Masseret, dans la région Grand Est. Depuis lundi soir, le PS a tout tenté pour le forcer à se retirer de la course afin de faire barrage au Front national.

Se maintiendra, se maintiendra pas : toutes les personnalités présentes mardi à la préfecture de Strasbourg, quelques minutes avant l’heure butoir pour le dépôt des listes, n’ont que cette question en tête. Depuis le début de l’après-midi, les manoeuvres se sont accélérées. Il faut 95 désistements pour entraîner la nullité de facto de la liste PS. Jean-Pierre Masseret, président du conseil régional sortant, ne veut rien entendre des consignes de Jean-Christophe Cambadélis ou des textos, sévères, du Premier ministre Manuel Valls.

Les premiers à se retirer sont deux jeunes colistiers,  Maxime Munschy et  Chloé Bourguignon. Ils l’annoncent sur Facebook mardi matin. Dans la lettre, adressée au préfet, et au tête de liste, ils appellent leurs pairs à les suivre et à voter pour le candidat des Républicains, arrivé deuxième. Ils nuancent la portée de ce retrait, “tout juste un sacrifice, et en aucun cas un suicide politique”.

Eux assurent n’avoir subi aucune pression du bureau national du PS. Pourtant, dès la mi-journée, Annie Gérardin, la première secrétaire de la fédération PS de la Marne, dénonce une manoeuvre menée par Solferino : “Solferino est à l’origine de la campagne de désistement. Ils appellent les colistiers un par un”.

Ces derniers confirment. Chléo Schweitzer, premier secrétaire de la fédération PS du Haut-Rhin, deuxième de liste du Haut-Rhin, a été contactée vers 17 H, “comme l’ensemble de [ses] colistiers. L’appel a été cordial. Solferino voulait connaître ma position à l’égar de Masseret”. Même refrain chez Antoine Homé, tête de liste dans le Haut-Rhin et proche de Masseret : “Ma position était claire, donc ils ne m’ont pas appelé. Tous mes autres colistiers l’ont été”.

En milieu d’après-midi, certains médias annoncent 70 désistements actés. C’est plus compliqué dans les faits. Dans le Bas-Rhin, le département de Munschy, 25 des 35 colistiers sont effectivement démissionnaires. Une quinzaine aussi, en Meurthe et Moselle. Dans la Marne, vingt se disent déterminés à démissionner. Mais impossible pour eux de se rendre à Strasbourg avant 18 h, dernier délai légal.

 

Le préfet accepte de rencontrer Anne-Pernelle Richardot, numéro un de la liste de Masseret dans le Bas-Rhin. A l’issue de la réunion d’une demi-heure, la préfecture s’engage à approuver les désistements par email. Deux conditions impératives : un courrier manuscrit lisible scanné et une copie numérique de la pièce d’identité.

 

Les tractations se poursuivent jusqu’à la dernière minute et le comptage définitif n’est annoncé qu’à 18 h 15. Sur les 83 reçus, 71 retraits sont finalement acceptés par la préfecture. Le reste est retoqué. “Pas assez lisible” juge l’administration.

Masseret attend 19 heures pour s’exprimer. Volontaire, il confirme le maintien de sa liste : “ Les conditions sont remplies, notre liste est maintenue. Les électeurs auront le choix entre trois listes, celle du FN, celle des Républicains et notre liste de gauche. Nous voulons battre la droite et l’extrême droite, et les citoyens auront ce choix. Nous irons jusqu’au bout, nous n’avons pas subi les diktats. Nous sommes fiers de ce que nous faisons, et nous le ferons”.

Solferino a annoncé avoir enlevé l’investiture PS à Masseret. Reste, enfin, une dernière option pour éviter une victoire de Florian Philippot à la tête de la région : retirer les bulletins Masseret des bureaux de vote.