L’itinéraire de Foued Mohamed Aggad, troisième kamikaze du Bataclan

On connaît désormais l'identité du troisième kamikaze de la tuerie du Bataclan survenue dans la soirée du vendredi 13 novembre et qui provoqua la mort de 90 personnes. Retour sur l'itinéraire de Foued Mohamed Aggad, Français de 23 ans radicalisé.

Foued Mohamed Aggad a pu être identifié grâce à la comparaison de son ADN avec ceux de certains membres de sa famille. Son identité, confirmée par le premier ministre Manuel Valls sur l’émission Bourdin Direct, vient s’ajouter à celle d’Omar Ismaïl Mostefaï, un Français de 29 ans né dans l’Essonne, et Samy Amimour, 28 ans, originaire de Seine‐Saint‐Denis, les deux autres kamikazes de la salle de concert parisienne.

Si j’avais su qu’il commettrait un jour une chose comme ça, je l’aurais tué avant”, confie Saïd Mohamed‐Abbag, le père du jeune jihadiste, au Parisien. Celui‐ci était loin de s’attendre à une telle fin pour son fils, et pour cause, rien le laissait présager d’une telle radicalisation: “Franchement, on a rien compris à tout ça, rien vu venir”, confie‐t‐il.

Foued Mohamed Aggad a grandi dans le quartier sensible de la Meinau à Strasbourg. Il est né et a grandi en France. “C’était un enfant calme”, se souvient son père. En 2013, il se laisse pousser la barbe et commence régulièrement à faire sa prière. Des changements qui n’ont pas éveillé les soupçons de ses proches. Ses parents se séparent en 2007, à partir de là le père ne vit plus sous le même toit que son fils et ne se rend compte de rien.

Tout bascule le 17 décembre 2013. Accompagné de son frère et de huit amis, Foued Mohamed Aggad prend un avion à Francfort direction Antalya en Turquie. Arrivés en Syrie, deux d’entre eux y trouvent la mort : les frères Mourad et Yassine Boudjellal.

Le reste du groupe, excepté Foued, rentre en France au compte‐gouttes à partir de février 2014. Les revenants, dont le frère aîné du kamikaze du Bataclan, Karim, sont interpellés en mai de la même année sur le sol français. En octobre, le parquet demande leur renvoi devant le tribunal correctionnel pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

À l’origine de ce recrutement d’apprentis jihadistes, on retrouve le désormais célèbre Mourad Fares. Il était, via les réseaux sociaux, un des principaux rabatteurs de jihadistes français, notamment ceux partis de Lunel dans l’Hérault. Affirmant être allés en Syrie dans un but humanitaire, les jeunes Strasbourgeois sont soupçonnés d’avoir intégré les rangs du groupe État islamique (EI). Ces jeunes avaient expliqué, pendant l’enquête, être tombés de haut face aux horreurs qu’ils ont pu découvrir en Syrie.

Installé en Syrie où il s’était marié, Foued donnait régulièrement de ses nouvelles à ses proches de manière très évasive. Son père lui a parlé pour la dernière fois “il y a quatre ou cinq mois, via Skype”. Sa mère avait confié qu’ «Il ne faut pas qu’il reste là‐bas. Peu importe qu’il aille en tôle en France. Il ne peut pas rester dans ce pays en guerre».

Foued Mohamed Aggad sera finalement revenu en France. Mais pour y mourir en martyr dans les attentats les plus meurtriers qu’ait connu le pays. “J’aurais préféré qu’il meurt là‐bas, plutôt qu’ici”, conclut Saïd Mohamed‐Abbag, amer.