Front républicain : “La tactique du PS est masochiste”

3 questions... à Joël Gombin, spécialiste du Front national, doctorant en science politique au CURAPP (Université de Picardie-Jules Verne — CNRS)

 

En PACA et au Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le Parti socialiste (PS) s’est retiré pour bloquer le Front national (FN) au second tour des élections régionales. Cette stratégie va-t-elle s’avérer payante ?

La tactique du Parti socialiste de se retirer au second tour est masochiste. Aux dernières élections départementales, elle a empêché bon nombre de candidats d’extrême droite d’être élus, mais a permis à la droite de gagner très largement ces élections.

Ainsi, lors de ce suffrage, environ 80% des sympathisants socialistes ont voté pour l’ex-UMP (aujourd’hui Les Républicains) dans les départements où droite et extrême droite s’affrontaient au second tour. Le report de voix a bien fonctionné.

En revanche, seul un tiers des sympathisants de droite a voté pour la gauche dans les départements où l’ex-UMP (aujourd’hui Les Républicains) et le FN s’affrontaient au second tour. La gauche a davantage tendance à voter pour la droite afin de contrer le FN que l’inverse. La stratégie du PS ne trouve pas de réciprocité.

Mais les élections régionales représentent un scrutin plus important…

Les réactions peuvent, certes, être différentes. Mais en Provence-Alpes-Côte d’Azur, par exemple, Christian Estrosi (LR) affronte Marion Maréchal-Le Pen (FN). M. Estrosi est positionné très à droite. Il est donc possible que les reports de la gauche vers la droite soient moins forts qu’escomptés.

Pourquoi le Parti socialiste appelle-t-il au front républicain ?

Dans les faits, l’objectif principal est d’empêcher l’accès de l’extrême droite aux positions électives. Le front républicain ouvre les portes pour une victoire de la droite. Disons que c’est la tactique la moins mauvaise à court terme, même si son succès n’est pas assuré.

Mais il faut préciser que le front républicain est un mythe, au mieux une tactique, mais certainement pas une stratégie. Jamais le PS n’a officialisé ce front. Il n’a jamais clairement expliqué pourquoi se liguer contre le Front national est essentiel. En somme, le parti n’a jamais donné à ses électeurs de justification officielle qui les décident à voter à droite.

Cette solution est-elle viable à long terme ?

Les institutions françaises sont faites pour voir s’opposer deux grandes tendances : jusqu’aujourd’hui, la droite contre la gauche. Il y a désormais un jeu entre trois acteurs, avec l’extrême droite.

Le principe de la démocratie est le suivant : si les électeurs demandent qu’un parti soit au pouvoir, il le sera. En se retirant, le PS enlève une part de ce droit aux électeurs. Il veut leur imposer de voter pour la droite, et sape l’équilibre.

Cette tactique accrédite l’idée d’une cartellisation de la vie politique entre socialistes, républicains et leurs alliés, afin de protéger leur monopole de la représentation des élus. Cela peut créer une défiance des électeurs envers les institutions en place. Si cette situation se prolonge, je crains qu’elle bénéficie au Front national, qui dénonce déjà le bloc “UMPS”.