Le CAC 40 court‐circuite EDF

Dix ans après une entrée en bourse encourageante, le groupe Electricité de France (EDF) quitte le CAC 40 par la petite porte. Retour sur une sortie inévitable de l’ex-plus grosse valeur de la bourse, dont la cote a perdu près de 42% en moins d’un an.

Il est loin le temps où le groupe Electricité de France (EDF) trustait, fièrement, la première place du CAC 40. Le fournisseur d’énergie quittera, le 21 décembre prochain, le principal indice boursier français, un peu plus de dix ans après son introduction, en novembre 2005.

Euronext, le principal marché financier de la zone euro, a annoncé l’éviction de l’électricien lundi après la clôture du marché français. Une relégation qui fait suite à une année boursière agitée pour le groupe, détenu à 84,5 % par l’Etat. Mardi, à 16 heures, le prix de l’action, plongeait de 2,78%, à 12,94 euros, atteignant ainsi sa plus faible valeur depuis son entrée en bourse. Le Conseil scientifique des indices (CSI), qui gère les entrées et sorties du CAC 40, a décidé de valider l’entrée de Klépierre, entreprise spécialisée dans l’immobilier commercial.

“L’échec d’une politique économique”

Sur les onze premiers mois de l’année, EDF a perdu 41,7% de sa valeur sur la place parisienne. “Les investisseurs ne veulent plus acheter des actions EDF, regrette Laurent Langlart, porte‐parole de la fédération CGT des lignes et de l’énergie à EDF. Les dividendes de l’entreprise ne sont plus en adéquation avec leurs attentes.C’est l’échec d’une politique économique gérée par les intérêts capitalistes. Il faut tout de même se souvenir de l’entrée en fanfare d’EDF au CAC 40. On a vendu des actions à tout‐va aux salariés pour 12 euros. Aujourd’hui elle en vaut à peine 13.”

Depuis plusieurs mois, le géant du nucléaire enchaîne les retards dans la livraison des centrales EPR de nouvelle génération. Le président du groupe, Jean‐Bernard Lévy, a même dû envoyer une lettre à Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie. Il réclame un nouveau délai de 36 mois pour la mise en service de la centrale EPR de Flamanville, initialement prévue pour 2011, mais qui ne devrait pas ouvrir ses portes avant 2020. Rien qu’à Flamanville, le fournisseur français a vu sa facture s’alourdir de 7,5 milliards d’euros en raison des multiples problèmes de conception.

Et ce n’est pas tout. “Tous les électriciens européens souffrent en ce moment à cause des prix bas”, décrypte Philippe Roos, économiste spécialiste du secteur de l’électricité. Sur les marchés, le kilowatt‐heure d’électricité se négocie actuellement à 15 centimes d’euro. “EDF n’échappe pas à la règle. La concurrence des entreprises d’énergies renouvelables modifie les habitudes des gros fournisseurs d’électricité et ça aussi, ça fait très mal à EDF.”

“EDF doit quitter le CAC 40 pour des raisons politiques, estime pour sa part Jérôme Longuépée, professeur d’économie à l’université d’Arras. Il n’y avait pas assez d’échanges de titres car c’est une entreprise gérée par l’Etat. L’actionnariat public attire moins que l’actionnariat privé.”

Malgré son éviction du CAC 40, le mastodonte du nucléaire ne quitte pas la bourse. La société française sera cotée dans l’antichambre du CAC : le CAC Next 20. « Les investisseurs n’achèteront plus d’action EDF, conclut Philippe Roos, économiste spécialiste du secteur de l’électricité et consultant à New York pour le magazine The Energy Intelligence. Ça ne va pas les aider à redresser le prix de l’action. Être ou ne pas être dans le CAC 40 ne change rien à la stratégie de l’entreprise, si ce n’est que l’orgueil des dirigeants en a pris un coup.