Pour la presse, Masseret “favorise l’élection du FN” dans le Grand-Est

Jean-Pierre Masseret ira bien au deuxième tour en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Une décision qui passe mal parmi les éditorialistes. Certains n’hésitent pas à parler de “suicide politique”.

“Jean-Pierre Masseret a donc maintenu sa candidature. Un refus de capituler qui offre sur un plateau la région Grand-Est au FN.” Jean-Michel Servant, figure du journal le Midi Libre, ne décolère pas. Après une journée rocambolesque, qui a vu 71 de ses colistiers renoncer sur les 95 nécessaires au désistement de sa liste, Jean-Pierre Masseret a maintenu sa candidature en dépit des consignes du Parti socialiste (PS).

Un choix qui le projette au coeur des critiques de nombreux éditorialistes de France. La désormais ex-tête de liste PS en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine est accusée “d’offrir” la région au Front national.

Avec 16,11% au premier tour, le plus mauvais score de toutes les listes régionales PS, Jean-Pierre Masseret a tenu tête. Il divise ainsi les chances des opposants au candidat frontiste, Florian Philippot, qui caracolait en tête dimanche dernier avec 20 points d’avance sur lui.

Pour Jean-Louis Hervois (Charente Libre), les raisons de cette décision n’ont rien de noble : “Qu’importe que son maintien favorise l’élection du FN Philippot”, Jean-Pierre Masseret “s’est accroché pour un dernier mandat et il tient tête à son parti qui exige le retrait”.

Dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, Pascal Coquis se montre catégorique. Jean-Pierre Masseret a “décidé de saborder toute chance de priver le FN d’une victoire dimanche”. “Il prend une responsabilité immense. Et portera, le cas échéant, le fardeau d’être celui qui aura contribué à livrer sur un plateau cette nouvelle grande région à Florian Philippot” ajoute-t-il.

En défense du Parti socialiste

Les éditorialistes dénoncent également l’attitude du sénateur vis à vis de son parti : “Le Parti socialiste a tout donné à Jean-Pierre Masseret. Il a fait le plus mauvais score socialiste de France et se maintient. C’est à la fois de l’orgueil et un suicide politique. Au FN, on appellerait cela une courte échelle”, s’exclame Alain Dusart dans l’Est Républicain.

Michel Klekowicki, du Républicain Lorrain, accuse Jean-Pierre Masseret d’avoir sabordé la stratégie du PS : “En maintenant sa candidature au second tour des élections régionales, le socialiste lorrain fait tâche dans le bel ordonnancement planifié par la rue de Solférino.”

“C’est carrément le conflit ouvert entre les instances nationales du PS et sa tête de liste qui refuse de se retirer”, assure de son côté Patrice Chabanet, dans le Journal de la Haute Marne.

Un conflit qui “donne du grain à moudre au Front national qui dénonce les méthodes des vieux partis”, analyse Alain Dusart (Est Républicain). Pour Jean-Michel Servant, cette décision “va laisser de profondes déchirures, en interne, au Parti socialiste”.