Régionales : comment Solférino a forcé les têtes de liste du NPDCP à se retirer

Par sms ou par un appel téléphonique de quelques secondes : voilà comment certaines têtes de liste ont appris le retrait de leur candidat en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, au soir du premier tour des élections régionales, dimanche. Une démarche critiquée par les militants socialistes.

Il y a d’abord la version officielle : arrivée en troisième position loin derrière le Front national et le parti Les Républicains, la tête de liste socialiste dans le Nord‐Pas‐de‐Calais‐Picardie, Pierre de Saintignon, a retiré sa liste au soir du premier tour des élections régionales. Objectif : éviter une triangulaire qui favoriserait le Front national.

Mais en coulisses, la réalité semble bien différente. Selon plusieurs témoignages que nous avons pu recueillir, ce retrait a été imposé par Solférino sans concertation avec les candidats ou colistiers. Toutes les têtes de liste et premiers fédéraux de la région Nord‐Pas‐de‐Calais‐Picardie, que nous avons interrogés, critiquent la méthode employée par les instances décisionnaires parisiennes.

Dans les coulisses d’un couac électoral

Dimanche, à 19h45, le retrait “était impensable”. La veille, le premier secrétaire PS de l’Aisne, Jean‐Jacques Thomas, déjeune avec ses homologues autour de la tête de liste régionale Pierre de Saintignon et la maire de Lille, Martine Aubry. Une dernière réunion avant le scrutin.

Ce midi‐là, “même si les ultimes sondages ne nous sont pas favorables, la question du retrait n’est absolument pas abordée. Au contraire!” insiste aujourd’hui Béatrice Lejeune, candidate en Picardie. Pierre de Saintignon annonce à ses colistiers qu’à 20 heures dimanche, il appellera à “l’union de la gauche”.

Derrière lui, les candidats Front de gauche Fabien Roussel et Sandrine Rousseau d’Europe-Ecologie-Les Verts ont promis leur soutien au soir du vote.

Le jour J, quelques minutes avant l’annonce des résultats, à 20 heures, la situation est inchangée. “Pierre avait donné rendez‐vous à 19h45 dans son QG lillois à Fabien Roussel et Sandrine Rousseau, explique Jean‐Jacques Thomas, premier secrétaire de l’Aisne. Mais elle n’est pas venue”, faisant effondrer toute la stratégie de la tête de liste socialiste. Avec moins de 5% des voix, la candidate écologiste ne peut fusionner avec la liste PS.

Vingt heures tapantes. Pierre de Saintignon est seul à Lille. Un comité politique est prévu. Ses têtes de liste et colistiers ne sont pas encore tous arrivés mais une décision doit être rapidement prise. Béatrice Lejeune, tête de liste régionale et première secrétaire PS de l’Oise, est en chemin pour le rejoindre lorsqu’elle reçoit un SMS. “C’est comme ça que j’apprends le retrait de Pierre à 20h30”, se souvient‐elle, amère. Situation identique pour Yann Capé, premier secrétaire du Pas‐de‐Calais, averti alors qu’il était en train de se garer devant le QG des socialistes.

Le premier secrétaire du PS Jean‐Christophe Cambadélis et Martine Aubry viennent de pousser le candidat à se retirer. Sans discussion.

“On nous a contraint à nous retirer, déplore Béatrice Lejeune, je ne suis pas sûre que si nous avions eu la parole, nous nous serions retirés”. Au‐delà de la décision de retrait de Pierre de Saintignon, la méthode employée par Solférino déplaît.

Pour le premier secrétaire du Pas‐de‐Calais, Yann Capé, “dans la précipitation, on nous a forcé la main”. Même sentiment dans l’Oise. “Dimanche soir, l’émotion l’a emporté sur la raison, regrette, mercredi, Béatrice Lejeune. Dans un parti démocratique, on ne peut agir comme cela”.

Depuis, un seul mot d’ordre est respecté : pas d’étalage en public des dissensions internes au parti. En attendant le second tour, les têtes de liste et premiers fédéraux ont rejoint la ligne de Solférino et appellent leurs militants et sympathisants à “faire barrage au Front national”. Les cinq fédérations de la région multiplient leurs communiqués de presse et appellent sur les réseaux à voter Xavier Bertrand.

Dès lundi, au lendemain du second tour, candidats et colistiers socialistes de la région Nord‐Pas‐de‐Calais‐Picardie attendront des explications de Solférino sur cette situation historique. Pour l’instant, les proches de Pierre de Saintignon défendent la ligne suivante : même si l’élection est locale, on suit les consignes de la direction nationale. Pas sûr que cela suffise à apaiser les déceptions.