Second tour des régionales : la gauche peut gagner cinq régions

La gauche peut gagner cinq régions au second tour des régionales. L'estimation est virtuelle. Pour la réaliser, nous avons simulé le rassemblement des électeurs par famille politique “élargie” (droite, gauche et Front national).

Mardi, devant quelques conseillers, François Hollande affichait son optimisme quant au second tour des élections régionales. Comme le révèle Europe 1, le président de la République considère que la gauche pourrait conserver 5 à 6 régions. Selon lui, le désastre annoncé n’aura pas lieu.

Les chiffres lui donnent‐ils raison ? Nous nous sommes appuyés sur les résultats du premier tour pour dresser le tableau des forces en présence : gauche, droite et Front national.

La carte synthèse de nos projections

carte regionales gauche avenir

En rose : les régions où le PS est favori.

En bleu foncé : les régions où le FN est favori.

En bleu clair : les régions où LR est favori.

En jaune : les régions indécises.

En bleu‐gris : le FN part favori, mais Masseret a maintenu sa liste.

Découvrez nos perspectives pour le second tour, région par région. Avec, évidemment, toutes les précautions qu’une telle projection comprend : l’abstention peut encore réserver quelques surprises et, loin des consignes de vote, le bulletin n’appartient qu’aux électeurs, le jour J, dans les urnes.

La gauche peut raisonnablement viser cinq régions

  • Aquitaine‐Limousin‐Poitou‐Charentes : sauf surprise, la gauche l’emportera

Au soir du premier tour, le Parti socialiste semblait déjà hors de danger. En première position, le député Alain Rousset a, depuis, maximisé ses chances, en concluant un accord avec la candidate écologiste, Françoise Coutant. Face au binôme, ni la candidate de droite, Virginie Calmels, ni celui d’extrême-droite, Jacques Colombier, n’a de partenaire en vue.

  • Bretagne : Le Drian, gagner en solo

La gauche française est unie partout… sauf en Bretagne. Le ministre de la défense, Jean‐Yves Le Drian, a rejeté mardi toute fusion avec les écologistes. Il s’agit d’un acte de « sectarisme » selon Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’EELV. L’entourage de Le Drian a précisé que les “exigences” du parti écologiste “n’ont pas permis d’aboutir à une entente équilibrée au regard des scores obtenus au premier tour”. Une décision regrettée par Manuel Valls.

  • Languedoc‐Roussillon‐Midi‐Pyrénées : une gauche réunie pour sauver Carole Delga

Le compagnon de Marine Le Pen est arrivé en tête du premier tour. Pourtant, rien n’est joué pour Louis Aliot. Virtuellement, il suffirait que les électeurs de la liste EELV se joignent à Carole Delga (PS) pour que celle‐ci remporte la mise. La députée peut compter sur d’autres voix, puisque la gauche a présenté six listes à elle seule, dimanche. Elle a notamment obtenu la fusion de la liste écologiste portée par Gérard Onesta.

  • Normandie : un accord à gauche pour contrer Morin

Au premier tour, le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, est arrivé en tête. Pourtant, les espoirs socialistes en terres normandes sont loin d’être déchus. Si les voix de gauche venaient à s’additionner, elles devanceraient assez largement celles de l’ancien ministre. Pour favoriser leurs chances, les listes des candidats EELV et PCF ont fusionné lundi avec celle du président sortant, Nicolas Mayer‐Rossignol.


  • Centre‐Val de Loire : Bonneau si tout va bien

Les résultats du premier tour laissaient, de prime abord, une impression de grand suspense. A y regarder de plus près, François Bonneau tient la corde. Arrivé pourtant en troisième position dimanche dernier, il peut espérer des reports de voix suffisants. Il a négocié la fusion de sa liste avec celle de Charles Fournier, candidat Europe Ecologie — Les Verts — Nouvelle Donne. Quant au leader du Front de gauche Nicolas Sansu, s’il n’a pu unir sa liste à celle des socialistes, faute d’avoir réalisé les 5% nécessaires, il a d’ores et déjà appelé à voter PS.

Reste l’inconnu Alix Penloup, la tête de liste de Debout La France, qui a réalisé un score de 4,58% au premier tour. DLF n’ayant pas donné de consignes de vote, ces voix pourraient aller aussi bien au candidat LR Philippe Vigier, qu’au FN Philippe Loiseau, arrivé en tête au premier tour. A moins qu’elles ne rejoignent le premier parti de France : l’abstention.

La droite n’a pas de certitude (ou presque)

  • Pays de la Loire : Notre‐Dame‐des‐Landes sauveur de la droite ?

La stratégie de rassemblement de la droite dès le premier tour n’a pour l’instant fonctionné que dans une seule région, les Pays de la Loire. Arrivée largement en tête dimanche soir, le candidat LR‐UDI‐Modem, Bruno Retailleau, voit néanmoins d’un mauvais oeil la fusion des Verts et du Parti socialiste. Le candidat des Républicains espère que les profondes divergences sur la projet d’aéroport à Notre‐Dame‐des‐Landes freineront le report des voix écologistes vers le candidat socialiste Christophe Clergeau : « Qui peut penser qu’une alliance rose‐verte préservera ce projet indispensable pour le Grand Ouest ? », a‐t‐il ironisé dans Presse Océan.

Dans quatre régions, tout reste à faire

  • Bourgogne‐Franche‐Comté : flou total parmi les trois candidats

La triangulaire parfaite, pourrait‐on l’appeler. Aucun des trois candidats (PS, LR‐UDI, FN) ne part favori, après que les têtes de liste écologiste et Front de gauche ont appelé à voter PS au lendemain du premier tour. Le MoDem, qui a obtenu 3,2% des voix apparaît comme l’arbitre de l’élection. Son candidat Christophe Grudler a invité ses électeurs à choisir en “leur âme et conscience”, sans se positionner pour entre M. Sauvadet (LR‐UDI) ou Mme Dufay (PS).

  • Ile‐de‐France : si les électeurs de gauche suivent, Bartolone a ses chances

Président de l’Assemblée nationale plutôt populaire auprès de ses pairs, Claude Bartolone a pris un risque en se lançant dans la course à l’Ile-de-France. Les résultats du premier tour le confirment. Avec le soutien de deux figures de la gauche, Emmanuelle Cosse (EELV) et Pierre Laurent (PCF), l’ami de François Hollande peut toujours espérer dépasser Valérie Pécresse. Mais le résultat s’annonce serré.

Les électeurs de Nicolas Dupont‐Aignan (DLF, 6,6%), qui n’a pas donné de consigne de vote, pourraient jouer un rôle d’arbitre : en se reportant massivement sur la liste de Valérie Pécresse, ils pourraient faire basculer la région.

  • Rhône‐Alpes‐Auvergne : sans réservoir de voix, Wauquiez n’a pas le droit à l’erreur

Loin devant les candidats socialiste et frontiste dimanche soir, le numéro trois des Républicains devra réaliser un sans‐faute pour glaner cette nouvelle région.

La tête de liste PS Jean‐Jack Queyranne, à la tête de l’Auvergne depuis onze ans, a réussi au forceps à rallier les listes PCF et EELV‐PG. Les potentiels reports de voix à droite comme à gauche mènent à une égalité quasi parfaite.

  • Corse : les nationalistes en embuscade

Les nombreuses divisions sur l’Ile de Beauté auraient dû permettre une victoire facile à la gauche. Plus précisément à Paul Giacobbi. Pour  l’emporter au second tour, le président sortant de l’exécutif et candidat divers gauche devra cependant bénéficier d’un solide report de voix.

Car mardi, pour la première fois depuis 2004, deux listes nationalistes ont fusionné. Un projet commun pour la région, baptisé “Per a Corsica” (Pour la Corse). Il réunit Gilles Simeoni, maire de Bastia, arrivé deuxième au premier tour et Jean‐Guy Talamoni, fort de ses 7,73% des voix obtenues dimanche dernier. Une union qui les replace sérieusement dans la course.

La droite semble, elle, en mauvaise passe. Si José Rossi, tête de liste LR et Camille de Rocca Serra, divers droite, ont fusionné, leur total de voix reste inférieure à celui de leurs adversaires de gauche et nationalistes. Un bon report des voix du Front national pourrait leur permettre de créer a surprise.

Deux régions sont déjà perdues pour la gauche

  • Provence‐Alpes‐Côte d’Azur : MMLP sereine mais…

Seul un report massif des voix de gauche pourrait sauver Christian Estrosi. Bénéficiant d’une avance abyssale à la suite du premier tour, Marion Maréchal Le Pen peut envisager sereinement le scrutin de dimanche. Mais attention, avec un total de voix s’élevant à 23,8%, les électeurs de gauche sont en position de faiseurs de rois. Et les consignes ont été données : la direction du PS a préféré se retirer de la course pour faire barrage au FN et a appelé ses électeurs à en faire autant.

Pour beaucoup de militants, cette décision a du mal à passer. Les socialistes ne siégeront pas au conseil régional dans une région qu’ils dirigeaient depuis presque 18 ans. De plus, rien ne garantit que ses votants du premier tour glissent un bulletin Estrosi dans l’urne. Après une campagne très à droite, le maire de Nice rebute bon nombre d’électeurs de gauche. Reste à savoir s’il passeront outre leur animosité pour barrer la route à MMLP.

  • Nord‐Pas‐de‐Calais — Picardie : le grand test pour Marine Le Pen

Pour celle qui ambitionne de briguer la présidence en 2017, une défaite serait clairement vécue comme un échec. Surtout après son score fleuve du premier tour. A elle seule, elle a creusé un écart d’environ 12 points par rapports à la somme des voix de gauche comme de droite. De quoi faire d’elle la favorite. Cela tombe bien, Pierre de Saintignon, tête de liste socialiste dans la région, a décidé de se retirer. Il appelle ses électeurs à se reporter sur Xavier Bertrand et ainsi faire barrage au FN. Le candidat de l’union de la droite a un avantage sur son homologue de PACA : une personnalité moins clivante pour l’électorat de gauche. Mais cela pourrait ne pas suffire.

Le cas Masseret

  • Grand‐Est : Florian Philippot grand favori 

C’est la région vers laquelle tous les regards seront tournés dimanche. Jean‐Pierre Masseret, la tête de liste PS au premier tour a décidé de passer outre les consignes de son parti. Appelé à retirer sa liste pour faire barrage au grand vainqueur de la première manche, Florian Philippot, il n’a pas cédé. Privé d’investiture socialiste, il mènera bien sa liste face au vice‐président frontiste et au candidat LR Philippe Richert lors du second tour. Une configuration parfaite pour Florian Philippot qui devrait voir sa victoire entérinée dimanche. Reste que la gauche, même sans étiquette socialiste, est encore en course.