“Si je n’avais pas arrêté Youtube, j’aurais probablement fini en Syrie”

Latifa Ibn Ziaten, mère d’un des militaires tués par Mohammed Merah, est intervenue au lycée de Goussainville (95) où une jeune lycéenne a expliqué comment elle a failli se radicaliser via Internet.

Si je dois payer des cours de religion pour apprendre les bases, si je n’ai pas d’argent, comment je fais ? Bah je vais sur Youtube !” Souhir a les larmes aux yeux. L’élève de terminale au lycée Romain Rolland de Goussainville fait face à Latifa Ibn Ziaten, la mère d’une des victimes de la tuerie de Toulouse perpétrée par Mohammed Merah, qui a fait de la lutte contre la radicalisation son combat.

Debout dans l’amphithéâtre face à la vieille dame, la jeune fille explique comment elle a failli “tomber dans la radicalisation”, faute de connaissances sur la religion qu’elle a choisie. “Je n’avais pas d’autres moyens de comprendre ma religion, ma mère n’en parlait pas à la maison et les cours coraniques étaient trop chers, donc malheureusement il ne me restait que Youtube. Si je n’avais pas arrêté, j’aurais probablement fini en Syrie.”

Latifa Ibn Ziaten écoute en silence la jeune fille, avant de reprendre la parole. La fondatrice de l’association Imad, pour la jeunesse & la paix insiste notamment sur “le danger des théories du complot véhiculées sur internet et des réseaux sociaux”. Aux enseignants présents, elle conseille d’être à l’écoute : “Vous devez créer un lien avec vos élèves, pour pouvoir repérer les choses qui ne vont pas”.

“Elle s’éteignait petit à petit”

C’est justement dans le cadre du cours d’enseignement moral et civique que ces trois classes de première et terminale ont été invitées à participer à cette rencontre. Cette conférence de prévention est à l’initiative de Mme Baguidy, enseignante en éco-gestion : “On a eu beaucoup de débats après les attentats de janvier et de novembre. Cette conférence permet de toucher tous les lycéens et d’éviter une mauvaise compréhension de la situation.”

Les amies de Souhir expliquent que le changement radical de la jeune fille au printemps dernier était étrange. “Elle s’éteignait petit à petit. Elle n’écoutait plus de musique, mettait des tenues longues et amples”, explique l’une d’elle. Une autre de ses camarades, Chaïma, insiste sur la nécessité de ce type d’initiative : “Le discours de cette dame était magnifique, j’en ai pleuré, j’ai appris beaucoup de choses et je pense que ça va changer les mentalités de manière positive”.

La jeune fille s’en est sortie grâce aux efforts de sa mère et de ses camarades qui ont créé un “déclic”. Elle regrette que ce genre de discours ne soit pas plus répandu : “L’Etat nous dit de ne pas tomber dans les pièges d’internet mais comment on fait ? Je regrette qu’il n’y ait pas des cours optionnels sur les principales religions au lycée, ça éviterait beaucoup de confusions”.

“Quand on enferme des rats, ils font des ravages”

Latifa Ibn Ziaten n’a pas l’intention d’arrêter ce type d’initiative, malgré l’agression physique d’une jeune lycéenne et les menaces de mort qu’elle a reçues. L’établissement de Goussainville a quand même préféré prendre ses précautions en organisant la rencontre à huis clos. “L’une des familles de victimes des attaques du 13 novembre a tenu à me rencontrer après l’enterrement de leur fille unique, ils ont fait un don pour l’association. Ça m’a beaucoup touché. Je me dois de continuer à lutter jusqu’à la fin de ma vie, pour mon fils et tous les autres”, affirme la mère de famille.

Emilie, élève en terminale scientifique, est satisfaite de cette sensibilisation : “Ça m’a aidé à mieux connaitre l’islam et ça aidera surement les autres jeunes qui se posent des questions.

Le combat de Latifa Ibn Ziaten est né après une visite dans le quartier de Mohammed Merah à Toulouse. La mère du premier militaire tué par le terroriste avait rencontré des jeunes. “Quand on enferme des rats, ils font des ravages dans la société : pour nous c’est trop tard, mais il faut aider les plus jeunes”, lui avait lancé l’un de ses interlocuteurs. Depuis, elle sillonne la France pour “la jeunesse et la paix” et compte ouvrir un centre de prévention à destination des jeunes de ces quartiers.