Pris pour cible par Daech, les humanitaires appellent au secours

Alors que 2000 personnes se réunissent à Genève à l’initiative de la Croix-Rouge pour évoquer la question du droit de la guerre, sur le terrain, les humanitaires sont les victimes oubliées des conflits.

Avril 2014. La camionnette médicale du docteur Adnan Seddik roule dans les rues d’Izaz, petite ville syrienne à une trentaine de kilomètres d’Alep. A son bord, des produits médicaux pour soigner les nourrissons et les enfants. “D’un coup, nous avons entendu une détonation. C’est notre convoi qui était visé. Par chance, le baril est tombé sur le bâtiment juste à côté de nous.” Voilà le quotidien des humanitaires en zone de guerre. De la Syrie au Yémen, ils sont devenus des cibles privilégiées – et plus encore depuis que les médias délaissent ces terrains hostiles.

Ils sont les victimes oubliées des conflits. Ces derniers mois, les humanitaires sont au centre du viseur des combattants de tous bords. La semaine dernière à Sanaa au Yémen, où la guerre civile fait rage, un hôpital de Médecins Sans Frontières a été bombardé. Bilan : 9 blessés. Deux jours plus tôt, une bénévole de la Croix‐Rouge avait été enlevée dans la capitale yéménite.

“Beaucoup veulent nous mettre des bâtons dans les roues”

Depuis le début du conflit, en mars dernier, 130 hôpitaux ont été délibérément attaqués. Si les humanitaires ont pu bénéficier d’un semblant d’immunité diplomatique par le passé, c’est l’inverse aujourd’hui. “Avec la multiplication des acteurs dans les conflits, il y a moins de respect pour les emblèmes et la mission humanitaire”, assure Elhadj As Sy, le secrétaire général de la Croix‐Rouge, dans un entretien accordé au quotidien suisse Le Temps. En Syrie aussi, les pertes ont été lourdes. Depuis quatre ans que la guerre a débuté, 50 volontaires de la Croix‐Rouge ont perdu la vie.

Le Docteur Adnan Seddik, qui multiplie les allers‐retours entre la France et la Syrie avec son association SyriaCharity (son dernier voyage remonte à avril dernier, impossible pour lui de s’y rendre depuis) a pu constater l’hostilité envers les humanitaires. “Nous sommes devenus un enjeu. Il y a sans cesse des contrôles. Beaucoup veulent nous mettre des bâtons dans les roues.” Sous le feu constant des bombardements, les humanitaires peinent à travailler. “Quand les quartiers où nous nous trouvons sont pilonnés, la vie est ralentie. Et bien sûr, pour nous, il devient extrêmement difficile de se déplacer”, poursuit le médecin.

La Croix‐Rouge veut établir une relation avec Daech

En Syrie, la complexité du conflit rend le travail pénible, ardu. Certaines zones demeurent inaccessibles, les biens de première nécessité manquent. A tel point que le directeur du Comité International de la Croix‐Rouge, Yves Daccord, est prêt à établir une “relation” avec Daech. “Il y a dix millions de personnes sous le contrôle du groupe Etat Islamique, ce sont elles qui nous intéressent”, a‐t‐il déclaré. La Croix‐Rouge avait déjà négocié pendant cinq ans avec les différentes parties du conflit au Nigeria, dont le groupe islamiste Boko Haram.

Le docteur Adnan Seddik soupire : “c’est de la folie, je suis allé une fois à proximité de la région contrôlée par Daech. On ne peut rien y faire. Travailler là bas est impossible et je ne pense pas que cela évolue”.