“La place de la République n’est pas un cimetière”

Pour ceux qui s'y recueillent, déposent une fleur ou rallument une bougie en hommage aux victimes des attentats de 2015, la place de la République est devenue un symbole.

Il est 2 heures du matin sur la Place de la République. Au plus froid de la nuit, Madonna entonne Imagine, de John Lennon, entourée de curieux et de fans. L’image fait le tour du monde. Quelques heures passent. Hier matin, ce sont des dizaines d’anonymes qui se tiennent là, au pied de la statue. Ils s’arrêtent, observent les messages de paix et d’amour déposés sur le socle du monument. Beaucoup sont silencieux.

Ils viennent de tous les pays. Valerio, un Italien d’une trentaine d’années, observe la scène de loin. Il est resté près de la bouche de métro, n’a pas souhaité trop s’approcher. “Je suis venu ici en 2014… Pour moi, la place de la République n’était pas un symbole. Aujourd’hui, c’en est un. Contre le terrorisme et la peur”.

Pour les Français, le lieu est depuis longtemps chargé de sens. Gilles est parisien. Il passe ici de temps en temps. Pour lui, la place “est un symbole de force, de résistance, de vivre ensemble. Un symbole de liberté”.

Un lieu de commémoration “positif”

Sur le socle de la statue, trois promeneurs ramassent les photophores vides, rallument des bougies, replacent certains messages pour qu’ils soient visibles de tous. Ils font partie du collectif “17 plus jamais”, nommé en hommage aux dix‐sept victimes des attentats de janvier. Leur but : “Entretenir ce lieu de souvenir. Il incarne l’unité du peuple français. On souhaite qu’il perdure le plus longtemps”.

Sabrina est l’initiatrice du mouvement. Des fleurs et une peluche à la main, elle remercie ceux qui se sont arrêtés ici un instant.  Pour elle, cette place est encore plus importante que les lieux des attentats. “A République, on n’est pas dans un cimetière. On ne ferait pas ça devant le Bataclan. On ne l’a pas fait devant les locaux de Charlie Hebdo. Ces lieux‐là sont trop chargés d’émotion. Depuis le 11 janvier, République symbolise le rassemblement. C’est vraiment positif”. Quatre personnes viennent lui remettre un message de soutien. Elle le dépose avec soin au milieu d’autres dessins.

En temps de crise, les symboles resurgissent

Depuis plusieurs décennies, les Français accordaient moins d’importance à la statue de la République. Pascal Ory, spécialiste de l’histoire sociale des représentations, a son explication : “La République était rentrée dans les mœurs.” Mais en 2015, la place est redevenue  “chaleureuse”, selon l’historien. Il ajoute : “En situation de guerre ou de crise, les sociétés ont davantage besoin de se retrouver dans des symboles. Quant à la spécificité de la place parisienne, elle “représente les valeurs républicaines.” Celles qui, à deux reprises cette année, ont été attaquées.