Nationaliser le débat, l’arme fatale des candidats FN

Cette stratégie ne date pas de l’entre-deux-tours. Seulement, elle s’impose plus que jamais comme l’atout numéro un des candidats frontistes à l’aube du second tour des élections régionales.

La fusée Marine Le Pen entre dans sa dernière phase de test. Les cadres du Front National l’ont bien saisi. Le second tour des régionales se pose comme l’ultime occasion de mesurer le poids électoral de leur présidente avant le décollage vers l’Elysée programmé en 2017. Rien d’étonnant, dès lors, à voir surgir des thématiques nationales dans le débat régional.

Un nouvel exemple, ce jeudi. Invitée de BFMTV et RMC, Marine Le Pen assure qu’elle va “pourrir la vie du gouvernement” si elle est élue président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Simultanément, sur les ondes de France Inter, Florian Philippot promet de “revenir aux anciennes régions” si son parti remporte l’élection présidentielle en 2017.

Régulièrement confortés par les sondages, les candidats frontistes surfent sur les résultats probants des élections européennes et municipales de 2014. Le discours est rôdé. La “tambouille politicienne UMPS”, le climat d’insécurité, “l’islamisation de la société”, l’ingérence européenne…

Ces dernières semaines, un élément de langage revient avec insistance chez les différentes têtes de liste d’extrême-droite : le “patriotisme économique”. Sans préciser les modalités exactes de cette préférence nationale à l’échelle de la collectivité, tous l’emploient, de Marion-Maréchal Le Pen en Paca, à Louis Aliot en Languedoc-Midi-Pyrénées-Roussillon, en passant par le Francilien Wallerand de Saint-Just.

“Le livre noir” du Parti socialiste

Face à cette nationalisation du débat, les adversaires du FN ont tenté de mettre au maximum l’accent sur les thématiques régionales. C’est notamment le cas dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie : miser sur les enjeux locaux s’avère être la meilleure stratégie, selon Pierre de Saintignon (PS) et Xavier Bertrand (LR), pour révéler le supposé manque d’idées d’une Marine Le Pen trop occupée par ses ambitions présidentielles.

Un temps, le parti frontiste a lui aussi tenté d’ancrer sa campagne sur ses politiques locales. Il s’appuyait notamment sur la « bonne gestion » des municipalités acquises l’an dernier. Des arguments balayés par le PS, et désormais compilés dans un « livre noir». Ce fascicule de 23 pages, publié ce mercredi, relate avec précision «dix-huit mois de gestion municipale par le Front national». Et invite à «regarder en détail ce que les maires frontistes font et défont au quotidien, sur le terrain».

Une initiative arrivée sur le tard. Les attentats de Paris ont inévitablement rebattu les cartes. Les enjeux relatifs aux transports en commun et aux lycées ont été relégués au second plan. Claude Bartolone, le candidat socialiste en Ile-de-France, s’est vu forcé de recentrer son propos autour des idéaux républicains et de l’unité nationale portés en étendard par le gouvernement.

Volontaire pour certains, subie pour d’autres : impossible de savoir à qui profitera cette nationalisation du débat. Lundi, sur le plateau de France 3, Marine Le Pen jouait de ses ambitions transversales : “Je serai présidente de région jusqu’à ce que je sois élue présidente de la République”. Mais la route n’est pas toute tracée. Selon un sondage TNS-Sofres, réalisé les 7 et 8 décembre, le candidat des Républicains, Xavier Bertrand, l’emporterait avec 53% des suffrages. Une défaite qui retarderait le lancement de la fusée bleu marine.