A Villers-Cotterêts, le désarroi des opposants au maire FN

Dans cette commune de l'Aisne, les adversaires du Front national espéraient que l'engouement des élections municipales ne durerait qu'un temps. Un an et plusieurs mesures identitaires plus tard, le parti frontiste culmine au premier tour des élections régionales.

“Ce n’est pas à moi de le dire, demandez aux gens qui ont voté pour eux.” Christiane Dufour, la chef de file du Front de gauche à Villlers-Cotterêts (Aisne), désespère. Pourquoi devrait-elle justifier l’attrait des électeurs de ce bourg sans histoire pour le Front national ? A vrai dire, elle envisageait secrètement qu’un an de gestion de la municipalité par un frontiste déçoive une bonne partie des 10 000 habitants.

Il s’est passé tout l’inverse. La liste conduite par Marine Le Pen conquiert près de 49% des suffrages au premier tour des élections régionales. Soit sept points de plus que, l’an dernier, lors des municipales. Un plébiscite, ou presque.

“Les frontistes peuvent remercier Sarkozy et Hollande, ainsi que Claude Guéant et Jérôme Cahuzac”, déplore Alain Fargeix. Sympathisant Modem, ce président d’une association de promotion des artistes axonais ajoute : “Malgré les erreurs et les excès, les gens continuent à voter FN pour montrer leur défiance à l’égard des élus parisiens qui magouillent sur leur dos”.

Politique identitaire

Quand en 2014, le candidat FN aux élections municipales, Franck Briffaud, se fait élire, sa popularité n’a rien d’évidente. Villers-Cotterêts, cette commune située à 80 kilomètres de la capitale, n’a jamais voté pour l’extrême-droite. Elle oscille depuis un demi-siècle entre centre-gauche et centre-droit. L’opposition a bon espoir : le règne frontiste ne durera qu’un temps.

Mais dans la ville, le taux de chômage culmine à presque 20%. Les plaies de la désindustrialisation du pays sont béantes. Frank Briffaut est élu. D’entrée de jeu, il retourne la table. Quelques jours après sa prise de fonction, il refuse de commémorer l’abolition de l’esclavage, regrettant “l’auto-culpabilisation permanente en France”. Puis s’attaque à son salaire. 15% d’augmentation pour “gagner autant que dans le privé”, justifie-t-il. Son dernier fait d’armes n’a que quelques semaines : il supprime les subventions de la Fédération des conseil de parents d’élèves (FCPE), et interdit les cours de danse orientale à l’intérieur de la mairie. Argument invoqué, une “incompatibilité avec les valeurs” du maire.

Rien n’y fait. Confrontée à une montée constante du Front national et à une désaffection militante, le PS ne réussit pas à présenter de candidats sur le canton aux élections départementales. Neuf mois plus tard, le premier tour des élections régionales est un succès. Marie-Josée Mairesse, responsable à la fédération PS de l’Aisne, avoue amèrement avoir “beaucoup de mal” à trouver des adhérents à Villers-Cotterêts.

“Les Cotteréziens savaient bien qui était Monsieur Briffaut avant de l’élire”, reprend Alain Fargeix, le sympathisant MoDem. A l’entendre, les habitants seraient prêts à essuyer quelques désagréments pour peu que leur élu ne fasse pas parti d’un “système” définitivement rejeté. Frank Briffaut, lui, la joue sobre. “J’essaye d’être présent pour les gens, de ne pas les prendre de haut”.

Le maire de Villers-Cotterêts peut en tout cas compter sur la vague abstentionniste. Dimanche, Alain Fargeix refusera de voter pour les “deux parachutés” que sont à ses yeux Marine Le Pen et Xavier Bertrand. Malgré tout son dépit face au Front National, dans l’urne, il l’a déjà prévu : il votera blanc.