Le tirage au sort de l’Euro se fera sans Platini

Au sommet du football européen depuis 2007, Michel Platini ne présidera pas le tirage au sort de « son » Euro, organisé en France dans six mois. Le Tribunal arbitral du sport a maintenu hier sa suspension.

Le palais des Congrès de Paris sonnera étrangement creux ce soir. Certes, les vedettes se succéderont sur scène, les 24 sélectionneurs partageront leur joie ou leur effroi à la vue du tirage réservé à leur nation. Mais un siège vide suffira à rendre le lancement officiel de l’Euro-2016 bancal. Ce siège vide, qui monopolisera les discussions de couloir, c’est celui du patron du football européen, Michel Platini. La suspension de « Platoche » de toute activité liée au football jusqu’au 5 janvier 2016 a été maintenue hier par le Tribunal arbitral du sport (TAS).

L’ancienne gloire du football français a été suspendue 90 jours, il y a deux mois, par la justice interne de la Fifa. La commission d’éthique lui reproche d’avoir perçu 1,8 million d’euros en 2011 pour un travail de conseiller achevé en 2002, de la part de Joseph Blatter, président aujourd’hui démissionnaire de la Fifa et également suspendu. Avec cette décision du TAS qui confirme cette mise à l’écart provisoire, Michel Platini « a perdu une manche mais ce n’est pas définitif”, s’est expliqué Matthieu Reeb, le secrétaire général du TAS. Platini doit en effet être entendu sur le fond le 18 décembre, pour un verdict final qui pourrait tomber à partir du 21 décembre. L’ancien joueur vedette de la Juventus, qui “reste confiant sur le fond de l’affaire et sur la solidité de son dossier”, est menacé d’une radiation à vie du monde du football mais croit en ses chances d’être innocenté.

Retrouver le boss de l’UEFA au premier rang du palais des Congrès de Paris aujourd’hui aurait en tout cas été un symbole fort. Dans ce écrin d’abord, car c’est là qu’il avait été réélu pour un 2e mandat par acclamation à la tête de l’UEFA en 2011. Cette ville ensuite, car c’est au Parc des Princes qu’il a soulevé le premier trophée des Bleus en 1984.

Platini en meneur de jeu insaisissable, Michel Hidalgo sur le banc. Cette victoire sur le sol français, les deux hommes peuvent en parler des heures. « Cet Euro, c’était un aboutissement pour lui », soufflait hier un Michel Hidalgo amer lorsqu’on lui apprend que son ancien numéro 10 en équipe de France n’orchestrera pas la cérémonie. « J’estime inconcevable que la compétition se déroule sans lui. Il le mérite ». D’autant plus que Michel Platini n’a rien d’un novice dans ce genre d’événements. Le triple Ballon d’Or a en effet co-présidé l’organisation de la Coupe du monde 1998. Un succès populaire et festif qu’il souhaite renouveler en juin prochain. « C’est une situation forcément douloureuse pour celui qui s’est investi avec autant d’énergie pour la réussite de cet événement », a commenté le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, hier.

Le président du Comité d’organisation de l’Euro 2016 en France, Jacques Lambert, a lui expliqué l’importance de l’ancien numéro 10 de Saint-Etienne et de la Juventus dans l’organisation de la compétition. « À titre personnel, et en temps que président de la SAS, cet événement, on le prépare depuis 5 ans maintenant avec Michel Platini ». Une comparaison avec les affaires courantes, qui remuent les instances du football hexagonal, résume son propos : « C’est beaucoup plus important pour moi de savoir s’il sera à l’Euro que Benzema ».