Manuel Valls : “L’état d’urgence, c’est l’état de droit”

Le Premier ministre s’est exprimé vendredi sur les mesures de lutte contre le terrorisme au micro de France Inter. Assignations à résidence, prolongement de l’état d’urgence ou déchéance de nationalité, Manuel Valls a ratissé large.

“Il faut vivre et en même temps apprendre à vivre avec cette menace terroriste.” Manuel Valls a défendu, sur France Inter, les mesures prises et envisagées par le gouvernement pour lutter contre l’extrémisme. Il a commencé par une énumération de chiffres : 2 575 perquisitions administratives, 311 interpellations, 273 gardes à vue, 453 procédures judiciaires, 403 saisies d’armes et 202 découvertes de produits stupéfiants. Tout cela depuis le 14 novembre.

Un “problème d’ordre public”

Le débat a porté sur les controversées assignations à résidence. Il y en a eu 354 parce que c’est aussi un moyen de mettre de côté des individus qui peuvent être dangereux pour l’Etat, pour l’intérêt général et l’ordre public” a expliqué le Premier ministre.

La mesure touchent des individus non liés au terrorisme. Comme ces 24 militants écologistes, bloqués à leur domicile le temps de la COP21. Mais Manuel Valls se justifie : “Ce ne sont pas des militants écologistes. Ce sont des militants qui pouvaient représenter un vrai problème contre l’ordre public. Dans ces moments-là, ce n’est pas seulement un problème de terrorisme qui est posé.”

Vendredi après-midi, pour la première fois depuis le début de l’état d’urgence, le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative française se penche sur les cas de sept de ces militants. “Jusqu’à maintenant, le tribunal administratif qui avait été saisi pour sept personnes sur 354 a débouté ces demandes. Le Conseil d’Etat a été saisi, attendons sereinement sa décision” a recommandé Manuel Valls.

Selon lui, “sans doute deux ou trois cas ne sont pas admissibles. Mais l’immense majorité des perquisitions administratives, sinon la totalité des assignations à résidence, sont efficaces pour lutter contre le terrorisme, pour mettre de côté un certain nombre d’individus dangereux pour l’état de droit et pour l’ordre public.”

Le Premier ministre tente de rassurer

Manuel Valls répond à ceux qui s’inquiètent de l’éventuelle prolongation de l’Etat d’urgence : “L’état d’urgence, c’est l’état de droit. C’est un principe que nous voulons d’ailleurs constitutionnaliser.” Il a rappelé que le texte était aujourd’hui au Conseil d’Etat avant d’être présenté en conseil des ministres le 23 décembre.

Autre point très polémique, la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français et convaincus de terrorisme. Le Premier ministre l’a qualifié de “mesure symbolique”. “Le président de la République ou moi-même n’avons jamais dit que c’était l’arme absolue pour lutter contre le terrorisme” a assuré Manuel Valls. Il la pense cependant nécessaire : “Que la question soit posée, quand des Français qui tuent d’autres Français, qui s’en prennent à leurs propres compatriotes, décident ces actes terroristes odieux au nom d’une idéologie totalitaire, que la question de la déchéance de nationalité se pose, moi ça me paraît tout à fait légitime.” Il rappelle d’ailleurs qu’un certain nombre de déchéances de nationalités pour des Français binationaux nés à l’étranger ont déjà eu lieu. Là encore, ce sera au Conseil d’Etat de décider si la mesure a un avenir.

Le locataire de Matignon souhaite donner plus de pouvoir au parquet antiterroriste et ses juges. “Nous préparons un dispositif avec Christiane Taubira” a‑t-il annoncé. “Il faut utiliser tous les moyens qui sont à notre disposition, sous le contrôle du parlement” martèle Manuel Valls qui juge le contrôle démocratique exercé sans précédent.

Trump comme le FN

Le Premier ministre évoque la Libye comme prochain théâtre de la lutte contre le terrorisme : “Nous sommes en guerre contre un extrémisme que nous devons combattre, écraser, aujourd’hui en Irak et Syrie et demain peut-être en Libye.” Il fait ici référence à la situation qui se dégrade de jour en jour dans ce pays devenu terrain fertile du terrorisme.

Interrogé sur la déclaration de Donald Trump, candidat à la primaire républicaine au Etats-Unis, Manuel Valls fait un parallèle avec le FN. Le milliardaire a émis l’idée d’interdire l’accès au territoire étasunien à tous les musulmans et le Premier ministre ne prend pas le personnage à la légère : “L’histoire, il faut toujours la prendre au sérieux et il faut faire attention car il est en tête des sondages chez les républicains. Les propos de Donald Trump ne sont pas éloignés de ceux du FN.”