Philippot, le coupable idéal des militants FN

Jeudi soir, les militants du Front national (FN) se réunissaient autour de leur présidente Marine Le Pen avant le second tour des régionales, dimanche. Pour nombre d'entre eux, si le FN ne concrétise pas ses résultats prometteurs du premier tour, le coupable sera tout trouvé.

 

Une longue file d’attente envahit le trottoir devant la salle Wagram. Dans ce coin chic du XVIIe arrondissement de Paris, le Front national (FN) tient son dernier meeting d’envergure avant le second tour des élections régionales, dimanche. Pendant que les militants patientent devant les portes de la salle, les journaux se déplient.

Présent, quotidien de la droite nationale et catholique, pour certains, Action Française, journal royaliste, pour d’autres. Entre participants, les discussions sont vives. La laïcité, Eric Zemmour, le Front Républicain et même Proudhon animent les débats. Mais un homme, plus que les autres encore, cristallise les divergences.

C’est la stratégie de Philippot qui a échoué”. Le couperet vient d’Ilan, 18 ans et demi, étudiant à Assas. “Il faudra ouvrir un débat au sein du parti après les régionales”, enchaine-t-il.

Comme beaucoup ici, le jeune homme voit dans le vice-président du FN un boulet pour son parti. Florian Philippot a pourtant récolté 36% des voix dans le Grand Est, la région dans laquelle il s’est porté candidat. Au soir du 6 décembre dernier, le parti d’extrême droite arrive même en tête dans six régions. Au niveau national, il se place devant Les Républicains et le Parti Socialiste, avec 27,96% des suffrages exprimés. De quoi espérer une conquête régionale sans précédents.

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Wallerand de Saint Just, candidat FN en Ile-de-France, hier au meeting salle Wagram

Oui mais voilà. Depuis que la gauche appelle au front républicain et qu’elle a retiré plusieurs de ses listes, la victoire s’éloigne. Le FN n’est même plus certain de décrocher ne serait-ce qu’une région. Une déception que les militants imputent plus ou moins directement au vice-président du parti.

Moi, je suis une militante FN, mais au premier tour, j’ai voté Nicolas Dupont-Aignan”, annonce d’emblée Adèle. Je n’aime pas du tout Wallerand de Saint Just”, le candidat FN en Île-de-France. Juliette opine : “Il fait partie de toute la clique de Philippot. On se retrouve plus dans la ligne de Marion Maréchal-Le Pen”.

 

Pour ces deux amies de vingt ans, la candidate en PACA incarne “la ligne traditionnelle” du parti fondé par son grand-père. Florian Philippot, lui, est accusé d’avoir réorienté la stratégie du FN, dans la course à la “dédiabolisation” du parti. Pire encore, il verrouillerait toute discussion au sein du parti depuis son arrivée en 2011, “sans débat et en imposant tout”, reproche Ilan.

La différence entre les deux lignes est surtout économique. Contre le libéralisme du père de Marine le Pen, Florian Philippot milite, entre autres, pour une nationalisation des banques, une augmentation du SMIC et un départ à la retraite à 60 ans. Pour Ilan, c’est cette ligne là, la ligne Philippot, qui peut empêcher une victoire dimanche prochain.

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Marine Le Pen, présidente du FN et candidate en Nord-Pas-de-Calais-Picardie hier salle Wagram

Sur la scène, derrière un pupitre, Marine Le Pen est accueillie par de longues acclamations. Certains l’appellent “la sauveuse”, d’autres scandent simplement “Marine Présidente.”  L’ambiance se réchauffe encore quelques minutes plus tard. Quand Marion Maréchal Le Pen arrive des coulisses, le baromètre des applaudissements et des hourras explose. A l’unisson, les militants entonnent même un “joyeux anniversaire”. Florian Philippot, lui, est en retard. Discrètement, il se faufile jusqu’à une place laissée libre au premier rang. Les militants, dans leur majorité, ne semblent même pas le remarquer.