Les politiques français hostiles au TAFTA

L’Europe et les Etats-Unis négocient le Traité de libre-échange transatlantique jusqu’à vendredi. Le but de cet accord : libéraliser les échanges entre les deux régions pour améliorer leur croissance. Mais en France, cet accord suscite de nombreuses inquiétudes, notamment au sein de la classe politique.

Le président américain Barack Obama veut que le traité de libre‐échange transatlantique (Tafta) soit vite conclu. C’est ce qu’il a affirmé lors de sa visite de deux jours en Allemagne cette semaine. Un avis peu partagé par la classe politique française, alors même qu’Américains et Européens négocient  à New‐York jusqu’à vendredi.

Le traité veut créer une vaste zone de libre‐échange entre l’Europe et les Etats‐Unis en supprimant les barrières douanières et réglementaires entre les deux régions. Une libéralisation des échanges qui suscite des interrogations côté français.

« Je veux être très clair », a affirmé le Premier ministre Manuel Valls à propos du Tafta. « Il ne pourra pas aboutir s’il n’apporte pas les garanties que le niveau d’exigence que nous avons en France pour la santé et l’environnement de nos concitoyens sera maintenu. » Au sein du gouvernement, on craint un trop fort allègement des normes. Le porte‐parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a souligné que l’accord ne pouvait pas être « un modèle, en particulier celui de l’Amérique du Nord, qui s’imposerait à l’Europe. »

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Le premier secrétaire du PS, Jean‐Christophe Cambadélis, est du même avis. Pour lui, le traité ne doit pas « porter atteinte ni à notre souveraineté, ni à nos standards sanitaires, écologiques et sociaux, ni à la croissance de nos entreprises »

Une traité décrié à gauche comme à droite

La grogne monte aussi au Front de gauche. Jean‐Luc Mélenchon, cofondateur du parti et candidat à l’élection présidentielle s’est montré ferme : « Le gouvernement français doit stopper ces négociations.» Le parti Europe écologie les verts s’est aussi engagé dans la lutte contre le traité.

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Tract d’EELV sur le Tafta

La méfiance face à ce traité s’exprime à gauche comme à droite. Philippe Juvin, député européen Les Républicains et porte‐parole de la délégation française du Parti populaire européen, a montré hier, sa détermination à faire respecter les intérêts de la France.

En mars dernier, Bruno Le Maire, candidat à la primaire présidentielle des Républicains, clamait son indignation face à des négociations dénoncées pour leur opacité. « Ce traité est négocié dans notre dos, c’est un scandale démocratique » martelait‐il.

Le Front national proteste aussi contre le Tafta, appelant la France à se retirer des négociations.

Face à l’enthousiasme américain et allemand, les politiques français affichent leur scepticisme. Matthias Fekl, le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, a même déclaré mardi que la perspective de conclure cet accord s’éloignait. « Il n’y a pas de frénésie ni française ni européenne à signer à n’importe quel prix, n’importe quoi. » Barack Obama souhaite voir le traité signé avant la fin de son mandat, en janvier 2017. Un espoir qui semble encore bien loin d’être réalisable.