Tafta : l’Europe au coude-à-coude dans le rapport de force avec les Etats-Unis

Alors que s'achève le 13e cycle des négociations du Tafta à New York, le contenu des tractations n'est toujours pas connu. Voilà trois ans qu'une bataille est pourtant engagée entre les industries américaines et européennes pour imposer leurs normes dans chacun des quelque dix secteurs qui seront affectés. Si, en terme de chiffre d'affaires global, les Etats-Unis dominent, en nombre de secteurs dominés, l'Europe tient la corde.

En coulisses des négociations officielles sur le traité transatlantique (Tafta), les lobbys industriels américains et européens sont à l’oeuvre. Qui, de l’Union européenne ou des États-Unis, remportera la bataille des normes ?

Un des points majeurs du Tafta est l’harmonisation des barrières commerciales non-tarifaires, c’est à dire les réglementations qui régissent les échanges des deux côtés de l’Atlantique. Par exemple, certains organismes génétiquement modifiés (OGM) sont autorisés aux Etats-Unis et pas en Europe. Pour qu’un accord soit conclu, les réglementations de l’un devront donc s’imposer à l’autre. Selon Thomas Porcher, économiste et auteur de « Tafta, l’accord du plus fort », ce rapport de force est favorable aux États-Unis, dont l’économie concentre les multinationales les plus importantes (à lire : « Tafta : Le match des économistes »).

De fait, les États-Unis demeurent en tête, devant l’Europe, avec près de 300 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’avance, tous secteurs confondus. Mais, dans le détail, la concurrence est plus rude qu’il n’y paraît, l’Europe dominant autant de secteurs que les Etats-Unis.

Pour chaque secteur concerné par les négociations sur le Tafta, Les Ateliers du A ont fait un état des lieux de ce rapport de force entre les deux partenaires, qui sont aussi concurrents.

Les chiffres d’affaires (CA) sont ici exprimés en dollars, comme dans l’enquête du magazine Fortune. Pour rappel, au 29 avril, 1 dollar américain était équivalent à 88 cents d’euro.

1. Le secteur automobile dominé par l’Europe

Grâce aux entreprises automobiles allemandes, Volkswagen en tête, Daimler et BMW, l’Europe devance les Etats-Unis. Les chiffres d’affaire cumulés de ces trois firmes dépassent de 59 milliards de dollars ceux des trois grandes multinationales américaines General Motors, Fiat Chrysler et Ford.

2. Les technologies de l’information et de la communication aux couleurs américaines

Les multinationales américaines concentrent près de la moitié du chiffre d’affaires du Top 10 mondial du secteur, devançant largement les entreprises européennes (17,25%). Le Top 3 est composé  des géants américains AT&T, Verizon et IBM.

3.  Match nul dans le secteur des produits chimiques

Le secteur chimique est légèrement favorable aux entreprises européennes, qui précèdent leurs concurrents américains d’un point seulement. En tête de ce classement, on retrouve tout de même la société américaine Dow Chemical.

4. Les États-Unis en pointe dans le secteur pharmaceutique

Les Américains cumulent un chiffre d’affaire supérieur de 58 milliards de dollars à celui de l’Europe dans ce classement. Johnson & Johnson, entreprise américaine, est première avec 74,3 milliards de dollars suivi de Roche et Novartis, deux entreprises suisses. L’entreprise française Sanofi est la première en Europe, avec 43 milliards de dollars de CA.

 5. Les États-Unis absents du secteur de l’ingénierie

Le secteur de l’ingénierie échappe totalement aux États-Unis. Les cinq premières entreprises sont chinoises. La sixième est française, Vinci, avec un chiffre d’affaire de 51,9 milliards de dollars. Elle est suivie d’une société espagnole, d’une française — Bouygues — et deux autres entreprises chinoises.

6. L’Europe  légèrement en retrait sur les secteurs agricole et agroalimentaire

Les États-Unis et l’Union européenne surplombent les secteurs agricole et agroalimentaire. Ils cumulent plus de 90% du chiffre d’affaires au sein du Top 10 des multinationales mondiales. Les entreprises américaines (56% du CA) dominent cependant largement leurs homologues européennes (34% du CA).

7. L’Europe domine le secteur des pesticides

Les Européens dominent leurs homologues américains de plus de 7 milliards de dollars de chiffre d’affaires au sein du TOP 10 mondial. Les Allemands Bayer et BASF sont deuxième et troisième, devancés par les Suisses de Syngenta. Le géant américain Monsanto est lui cinquième avec 4,5 milliards de dollars de CA. Aucune entreprise française n’est présente dans ce classement.

8. L’Europe en position de force dans les cosmétiques

L’Union européenne est en position de force dans le domaine des cosmétiques. L’entreprise française L’Oréal est en tête du classement avec un chiffre d’affaires de 29,94 milliards de dollars en 2014. Elle est suivie de près par Unilever. La firme anglo-néerlandaise a réalisé un chiffre d’affaires de 21,66 milliards de dollars en 2014. Les deux autres entreprises européennes du classement sont l’allemande Beiersdorf et la française Chanel.

 9. Les Etats-Unis dominent le textile et les vêtements

Le classement du secteur textile est plus court, car plusieurs données manquent. Les Etats-Unis et la Chine devancent l’Union européenne. Il y a dans le classement deux entreprises américaines : Nike et TJX qui cumulent à deux 56, 877 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2015. Les deux autres entreprises sont chinoise et française. La société chinoise Shandong Weiqiao Pioneering a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 45,757 milliards de dollars en 2014. La française Christian Dior termine en bas du classement (42,031 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2014).

10. L’Europe en “pôle position” dans le matériel médical

Les entreprises européennes s’imposent dans le secteur du matériel médical. En 2014, les six entreprises du classement (Medtronic, Siemens, Fresenius Medical Care, Koninklijke, Novartis, Covidien) rassemblent 82,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Pourtant, on trouve en tête du classement deux entreprises américaines : Johnson and Johnson (28,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2014) et General Electric (18,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2014).