Nuit Debout : le rêve et la violence

Le mouvement Nuit Debout veut repenser la société et renverser les élites grâce au « Rêve général ». Si ce rêve d’une société nouvelle passe par le dialogue citoyen, le recours à la violence semble aussi faire partie du processus.

Etienne est étudiant en urbanisme. Il s’occupe de l’accueil de Nuit Debout place de la République depuis le début du mois d’avril. Lors d’une rencontre jeudi 28 avril, il affirmait que la relation entre le mouvement et la police se tisse désormais en bonne intelligence.

« Au début, les policiers attendaient le trouble, dès qu’on bougeait un peu ils chargeaient, ou presque. Mais comme on respecte les conditions imposées par la préfecture, nous sommes maintenant traités comme un évènement classique. »

Provoc’ le jour, violence la nuit

Nuit Debout n’a pas attendu la nuit pour défier les pouvoirs publics. Jeudi à 10 heures du matin, le compte Twitter du mouvement apostrophait directement le ministre de l’Intérieur. « Coucou Bernard Cazeneuve la vue est belle de là-haut ? Vous nous envoyez des photos de la vue ? » pouvait-on lire sur le tweet en question.

Plus tard, alors que la manifestation contre la loi travail dégénérait, le même compte justifiait la dégradation de panneaux publicitaires au nom de la lutte contre la société de consommation.

C’est dans la nuit que la violence s’est clairement exprimée. Après les échauffourées de la journée entre casseurs et CRS, 27 sympathisants de Nuit Debout qui ne voulaient pas quitter la place ont été interpellés dans les rues adjacentes à la place de la République. En cause, le non respect d’un communiqué publié dans la journée par la préfecture de Police, interdisant les départs de cortèges depuis la place. La construction d’un château fort en bois, baptisé « Château Commune » en référence à la « Semaine sanglante » de 1871 avait été entamée dès le milieu d’après-midi, précisément dans l’intention de résister aux forces de l’ordre, comme l’indique Cédrick, un étudiant Nuitdeboutiste dans l’édition papier du Parisien du 29 avril.

Après minuit, une centaine de personnes ont fait bloc autour de l’édifice de fortune. Les forces de l’ordre ont tenté de les disperser. Aux alentours d’1h50 du matin, un barrage a été forcé sur l’avenue de la République. Au cours de l’assaut, deux Autolibs et deux scooters ont été brûlés, des distributeurs de billets cassés. La préfecture a rapporté à l’AFP des jets de projectiles sur les policiers jusqu’à 3h30 du matin.

Répondre par la violence à un « système » violent

Si la violence n’est pas un recours ouvertement envisagé par Nuit Debout, personne au sein du mouvement ne semble s’y opposer. « Nous condamnons la violence des élites politique et économique » déclarait hier le mouvement sur Twitter lors de la manifestation contre la loi travail.

Dans ce tweet, la rhétorique de Nuit Debout est on ne peut plus claire. La violence est du côté du pouvoir, de ceux qui représentent un « système » bon pour la casse parce qu’il opprime le peuple.

Jeudi soir vers 18 heures, au début de l’Assemblée générale organisée chaque jour par Nuit Debout, un jeune homme tout de noir vêtu est intervenu. Dans son discours, il a justifié le recours à la violence.

« Ce que les médias appellent violence, c’est juste une façon comme une autre pour nous d’arriver à nos fins. »

Toujours sur Twitter, Nuit Debout affirme que la police aurait commencée à gazer la place de la République dès 23h30, alors que l’arrêté préfectoral autorise l’occupation des lieux jusqu’à minuit. Justifiant par là même la nécessité de riposter.

Cette position non assumée de légitimisation de la violence est bien résumée par un membre fondateur du collectif « Bravons l’état d’urgence ». Lors d’un débat sur la « violence » du système social actuel, Mathieu Burnel, affirme lors de sa prise de parole :

« Tous les mouvements révolutionnaires ont un temps de confrontation. »