Michel Neyret, ripoux de cinéma

Le commissaire déchu de la PJ lyonnaise comparait aujourd’hui devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic d’influence. Portrait croisé d’une légende de la police avec les plus grands ripoux du cinéma.

 

Serpico

Avant de se compromettre avec le milieu, Michel Neyret était réputé comme un « incorruptible ». En 1990, celui qui n’est encore qu’un jeune lieutenant se fait connaître en arrêtant un gang infesté de flics corrompus. Ripoux, braqueurs, trafiquants de drogue, terroristes : personne n’échappe aux coups de filet du prodige, bientôt considéré comme « l’honneur de la police ». Il parvient rapidement aux sommets de la hiérarchie : il est désigné numéro 2 de la PJ de Lyon en 2007. De quoi rendre jaloux l’idéaliste Serpico, joué par Al Pacino, et rendu célèbre par le film éponyme.

 

36 quai des Orfèvres : Denis Klein

Comme l’ambitieux commissaire incarné par Gérard Depardieu, Neyret est prêt à tout pour boucler ses enquêtes. Y compris à user de méthodes douteuses, voire illégales. Il doit ses succès à son réseau d’indics : des gros bonnets du banditisme qu’il rémunère en échange de renseignements. Payer les uns pour qu’ils dénoncent les autres : une stratégie gagnante, mais dangereuse, et strictement encadrée depuis 2003 et la loi Perben II. Un cadre dont Neyret s’était affranchi depuis longtemps, selon les magistrats en charge du dossier.

 

La Confidential : Jack Vincennes

Enquêteur admiré de ses pairs pour sa pugnacité et son flair, Neyret n’est pas pour autant un flic de l’ombre. Plus habitué aux flashs des photographes qu’aux néons des commissariats, aux boîtes de nuit qu’aux paniers à salade, aux Rolls qu’aux 306 banalisées, il ne dissimule pas son goût pour le luxe et la frime. Montre Cartier au poignet, il se met au vert entre deux enquêtes dans les palaces d’Essaouira ou de la côte d’Azur. Un train de vie qui finit par attirer les soupçons : l’enquête révèle que le commissaire a profité pendant des années des largesses de ses amis caïds. Un air de Jack Vincennes (Kevin Spacey), le flambeur du trio emblématique de La Confidential.

 

Les Ripoux : René Boisrond

Le 29 septembre 2011, Michel Neyret est interpellé à son domicile par l’IGPN, la police des polices. Les enquêteurs avaient entendu par hasard une figure du milieu lyonnais, Gilles Benichou, se vanter de l’avoir « dans sa poche ». Les révélations s’accumulent, ses supérieurs finissent par le lâcher, il est démis de ses fonctions dans la foulée. La légende devient un paria. Dans l’attente de son procès, il se retire dans la propriété de sa femme, un luxueux hôtel de Vienne, dans l’Isère. Il peut y ressasser les 32 années passées à côtoyer la fine fleur du banditisme lyonnais. A l’image de René Boisrond, le célèbre Ripoux incarné par Philippe Noiret, condamné à troquer sa bouillonnante casquette de flic citadin pour un paisible béret de retraité campagnard.

 

Flic de cinéma jusqu’au bout, Michel Neyret a joué le flic dans un film d’Olivier Marchal, lui-même un ancien de la maison. Une courte apparition comme gardien de la paix, où on le voyait tenir son ami réalisateur par les menottes…