Tominaga Nakamoto : le pseudonyme de l’inventeur du bitcoin ne doit rien au hasard

L’identité de l’inventeur du bitcoin est enfin connue. Craig Wright, entrepreneur australien, se cachait depuis sept ans derrière le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Un nom emprunté à un philosophe japonais du XVIIIè siècle, penseur du libéralisme, qui l’a beaucoup influencé.

 

Le mystère est enfin levé. Depuis 2009 et la mise en circulation du Bitcoin, les médias n’ont eu de cesse d’alimenter les spéculations sur l’identité de son créateur. Ce lundi 2 mai, Craig Wright a révélé qu’il était bien l’inventeur de la monnaie virtuelle. L’entrepreneur australien de 45 ans a transmis aux magazines GQ, The Economist et à la BBC des éléments prouvant cette paternité. Wright explique ce silence la traque dont ses proches sont victimes de la part des médias : « Cela ne m’affecte pas seulement moi ou mon travail, mais aussi ma famille, mes employés et tout le reste », a‑t-il expliqué à The Economist.

Pour se protéger durant ces sept dernières années, Wright s’est couvert sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Un alibi qui a donné du fil à retordre aux journalistes.  Près d’une dizaine de personnes — informaticiens, économistes, sociologues — ont été soupçonnés d’être à l’origine de la monnaie numérique.

Le nom de Nakamoto n’a pas été choisi au hasard. Il fait référence à Tominaga Nakamoto, philosophe japonais du XVIIIè siècle. Rationaliste, il s’est érigé en pourfendeur des dogmes et religions, qualifiant le shintoïsme d’obscurantiste. Il critiquait également le confucianisme et le bouddhisme qui font de l’histoire et du passé le socle de leurs enseignements.

Une critique des modes de pensée normatifs que l’on retrouve dans l’invention de Wright. Contrairement aux devises physiques telles que l’euro ou le dollar, les Bitcoins ne sont régis par aucune banque centrale. Ils sont au contraire générés par des milliers d’ordinateurs dans le monde. La valeur du bitcoin est déterminée de façon entièrement flottante par l’usage économique qui en est fait et par le marché des changes. En somme, c’est la pure loi de l’offre et de la demande qui donne sa valeur à la monnaie virtuelle.

L’influence des Pays-Bas

Une vision libérale partagée par Nakamoto. Le penseur japonais a été formé à l’école Kaitokutô, fondée par la classe marchande d’Osaka en 1724. Elle permettait aux commerçants de bénéficier d’un enseignement supérieur, à une époque où ils n’en avaient pas le droit. Ce genre d’écoles préparait ses élèves à poursuivre des études universitaires au Japon et aux Pays-Bas, seul pays avec lequel l’archipel nippon pouvait commercer à l’époque.

Véritable défenseur du libre-échange, Nakamoto a profondément inspiré Wright. L’Australien a découvert le Japonais à l’université. Titulaire d’un doctorat en informatique, il a également soutenu une thèse en théologie intitulée « Les racines noueuses de la création d’une théorie ».

Désormais utilisés par des milliers de sites web et même certaines boutiques “réelles”, les bitcoins peuvent être échangés contre des services (payer la course d’un taxi par exemple), des marchandises ou même d’autres devises.

Mais la liberté, en matière monétaire, a ses limites. Instrument selon ses détracteurs de tous les trafics illégaux du fait de l’anonymat des paiements, le bitcoin est, dans sa forme actuelle, vulnérable au vol ou toute autre opération frauduleuse. Si bien que de nombreux pays songent à en encadrer l’usage.