François Fillon muscle sa campagne

Le candidat à la primaire de la droite et du centre passe à l’offensive pour rattraper son retard dans les sondages. Grand moment de sa stratégie médiatique: un « rassemblement pour le plein emploi » à Issy-les-Moulineaux ce soir.

« Casser la baraque et la reconstruire autrement ». La promesse de François Fillon, candidat déclaré à la primaire de la droite et du centre, contraste avec son image de sage homme d’Etat. Largement distancé dans les sondages, l’ancien Premier ministre tente par tous les moyens d’occuper l’espace médiatique. Déclarations chocs, attaques contre ses rivaux, grand rassemblement à Issy-les-Moulineaux ce soir…

Sa position est inconfortable. Les médias déroulent le tapis rouge au chouchou du moment Alain Juppé. Le charme de Nicolas Sarkozy en fascine encore certains. La jeunesse et les yeux bleus de Bruno Le Maire — dit BLM, les acronymes sont à la mode — lui accordent de l’avance. Et les sondages sont formels: Fillon est relégué à la quatrième place. Selon l’enquête Odoxa publiée ce mardi par Le Parisien et BFM TV, ses intentions de vote à la primaire stagnent autour de 9%, quand Alain Juppé culmine à 41%, Nicolas Sarkozy à 24%, et BLM à 15%. De quoi faire froncer les sourcils broussailleux de l’ancien Premier ministre.

Depuis deux semaines, le candidat multiplie les offensives. Celui qui fuyait devant les caméras s’est largement converti à la communication, désormais gérée par l’agence Image 7 d’Ann Méaux. Sa « dir’-com » Myriam Lévy, déjà présente à ses côtés à Matignon, dirige ses équipes. Et elles ont orchestré une grande démonstration de force: la publication de ses 72 soutiens parlementaires le 20 avril. Pour pouvoir concourir au scrutin du 20 et 27 novembre, un candidat doit recueillir la signature de 2 500 adhérents LR et de 250 élus, dont 20 parlementaires. Pour certains, ce seuil de 20 parlementaires est largement atteint. Sauf que le minimum ne suffit pas aux candidats en mal de domination. Le concours est lancé. Qui épinglera le plus de parlementaires à son ardoise? Fillon est à ce jour celui qui a rassemblé le plus de soutiens, à l’exception de Nicolas Sarkozy, qui n’a pas encore révélé les siens.

François Fillon assène coups sur coups à ses opposants. Début avril dans Le Monde, il qualifiait de « difficile » la candidature de Nicolas Sarkozy. « Nicolas Sarkozy a toujours dit lui-même que les Français étaient régicides et quand on a coupé la tête du roi, c’était dur de la remettre sur les épaules. » Ambiance ambiance. Il n’était pas plus tendre avec ses autres concurrents. « Alain Juppé va devoir dire ce qu’il pense de manière plus précise » et « son programme n’est pas aussi carré que le mien ». Quant au soit disant « homme du renouveau » Bruno Le Maire, c’est « un vieux routier de la politique. Le renouveau c’est un slogan, pas un projet! ».

Le renouveau, justement. Fillon qualifie de cette façon son grand meeting de campagne ce soir. À Issy-les-Moulineaux (92), il entend remplir une salle de 1 000 personnes sur le thème du « plein emploi ». Il sera diffusé en direct dans une trentaine de ville et sur le site du candidat. Pendant deux mois, une équipe de travail menée par le chef d’entreprise Pierre Danon (ex-patron de Numéricable) s’est réunie une fois par semaine pour préparer cette grande messe. Ici, le slogan affiché est celui de la société civile. Fini les élus groupies qui accompagnent le candidat sur l’estrade. Cette fois-ci, sept personnalités du monde de l’entreprise seront présentes. Parmi elles, Philippe Hayat, fondateur de l’association “100.000 Entrepreneurs”, les chefs d’entreprise Guillaume Richard et Karine Charbonnier, mais aussi Hervé Novelli, président de WikiPME. Via Twitter et Facebook, des questions pourront être posées aux intervenants. Mais attention, elles seront sélectionnées et limitées à sept.

Autre originalité: l’interaction. Plusieurs thèmes, plusieurs propositions (toutes fillonistes à la sauce libérale), et un vote de la salle et des internautes pour « la plus urgente ». À la clé, la belle illusion d’une co-construction. Le vote se termine en effet sitôt le meeting terminé. Et l’exercice « participatif » a déjà commencé dans le camp Fillon avant la tenue de la réunion. Le résultat final ne sera pas vraiment une surprise. Dans la méthode, Fillon entend également court-circuiter les « conventions thématiques » du parti dirigées par Nicolas Sarkozy. Il était d’ailleurs absent à celle organisée aujourd’hui sur l’énergie et le nucléaire rue de Vaugirard.

En attendant son opération séduction envers les entreprises, le candidat veut percer dans l’espace médiatique. Au micro de Jean-Jacques Bourdin ce matin, dans les pages des Echos hier, sur le site d’Atlantico dimanche… Une occupation ininterrompue. Jusqu’à saturation.