La France chute dans le classement 2016 de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse

La France a régressé en 2016 en terme de liberté de la presse, selon Reporters Sans Frontières, qui publie ce mardi son classement annuel.

Cette année, la France est 45ème du classement de Reporters Sans Frontières (RSF) sur la liberté de la presse. Elle a perdu sept places par rapport à l’an dernier, alors qu’elle avait progressé d’un rang entre 2014 et 2015.

Devant l’Hexagone, la Finlande, en première place comme l’année dernière, mais aussi le Costa Rica (6ème), qui gagne dix places, le Burkina Faso (42ème), qui en gagne quatre et la Namibie, 17ème depuis deux ans.

La place de 45ème peut être décevante pour un pays qui se targue d’être le pays des droits de l’homme, mais elle peut être expliquée en observant les critères utilisés par Reporters Sans Frontières pour établir le classement. Quatre en particulier permettent de comprendre la chute de la France, si l’on prend en compte les attentats terroristes de janvier 2015 contre « Charlie Hebdo » : le pluralisme, l’indépendance des médias, l’environnement et l’autocensure, et les exactions.

Sur ces différents critères, RSF considère que la situation des médias français a bien évolué courant 2015. Quelques milliardaires acquièrent journaux et groupes de presse. En 2015, le quotidien « Le Parisien » a été racheté par l’entreprise de luxe LVMH, dirigée par Bernard Arnault, la première fortune de France, déjà propriétaire du journal « Les Echos » depuis 2007. De son côté, l’homme d’affaires Vincent Bolloré a pris les commandes de Canal + en rachetant Vivendi, dont la chaine cryptée est une filiale. Le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi, patron du groupe de télécoms Altice-SFR-Numéricable s’est offert « Libération », le groupe L’Express et convoite NextRadioTV, le groupe d’Alain Weill, qui possède BFM-TV, BFM-Business et RMC. Ces rachats viennent s’ajouter à une liste qui s’agrandit d’année en année : le journal « Le Figaro » appartient déjà au sénateur Les Républicains et armateur Serge Dassault et les trois actionnaires du « Monde », Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé, possèdent également « Le Nouvel Observateur ».

Menace pour la liberté de la presse

Le danger pour la presse française, pointé par RSF, est alors de voir s’estomper son pluralisme, les titres se réunissant autour de quelques milliardaires avec des contenus de plus en plus susceptibles de converger. Mais aussi de mettre à mal l’indépendance des journaux, qui peuvent être tentés de sélectionner les sujets à traiter en fonction de leurs propriétaires et actionnaires.

Autre risque, aux yeux de RSF : la censure. Le patron de Canal + Vincent Bolloré a, par exemple, été accusé par « Mediapart » d’avoir empêché la diffusion sur sa chaîne d’un documentaire d’investigation sur le Crédit mutuel, en raison de liens qu’il entretient avec son patron Michel Lucas. Il a nié. Trois critères qui ont permis à RSF de dégrader le rang de la France dans son classement 2016.

Quant au quatrième indicateur concerné, les exactions, il mesure l’intensité des violences contre les journalistes sur la période en cours. Plus facile alors de comprendre ce mauvais classement de la France, touchée en janvier 2015 par des attentats terroristes contre le journal « Charlie Hebdo ». La mort de huit membres de la rédaction de l’hebdomadaire satirique a fait soudainement augmenté les compteurs.