Le presque candidat Hollande se veut l’héritier de Blum

Pour les socialistes, pas de « Nuit debout » mais des assises autour du thème : la gauche et le pouvoir. Avec un invité de premier choix : François Hollande, déjà presque en campagne.

Le calendrier des célébrations est chargé : 80 ans de la victoire du Front Populaire, 35 ans de l’élection de François Mitterrand, 4 ans de celle de François Hollande. Et celle qui occupe tous les esprits :  un an avant la présidentielle. Le nec plus ultra de la gauche s’est rassemblé lors d’un colloque organisé par la fondation Jean Jaurès et le think thank Terra Nova au théâtre du Rond-Point, à Paris. L’occasion pour François Hollande d’établir, quitte à bricoler, la généalogie de la gauche de 1936 à 2016. François Hollande, l’héritier de Léon Blum ? Le parallèle pourrait laisser songeur si le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, n’en avait pas fait un argument de campagne du chevalier Hollande. Le Front Populaire fait figure d’étoile du Berger pour des politiques en mal de référent. Et c’est encore le président qui le dit le mieux : «  Ah ! La gauche, elle n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle se conjugue au passé. ». Rires d’approbation dans l’assemblée, où l’on aperçoit Jean-Marie Le Guen le ministre chargé des relations avec le Parlement, Elisabeth Guigou, l’ancienne garde des Sceaux. Petit rappel historique : en 1936, la coalition baptisée Front Populaire rassemble la SFIO (pas encore PS), les radicaux et les communistes dans un gouvernement. La gauche unie est pour la première fois au pouvoir. Cette référence qui n’est pas innocente permet au président de faire du pied à une partie de la gauche, séduite par les sirènes de la division. Un premier caillou semé sur le chemin de la présidentielle.

 

Continuité et candidature

 

A la tribune, le presque candidat égrène les mesures qui ont fait la gauche depuis cet événement fondateur : lois Auroux (1982), accords de Matignon (1936), loi Rebsamen (2015)… Le désordre chronologique est voulu. Voilà ces actions placées dans le grand ensemble de l’histoire de la gauche. Le Front Populaire draine une liste de réformes phares : la semaine de 40 heures, la hausse des salaires, les premiers congés payés… François Hollande cite Léon Blum qui déclarait au sujet du pouvoir : «  Je ne viens pas ici en vous disant : « Éloignez de moi ce calice, je n’ai pas voulu cela, je n’ai pas demandé cela. » Si, si, j’ai demandé cela, et j’ai voulu cela. ». François Hollande lui répond quatre-vingt ans plus tard : au pouvoir, « il n’y a pas plus de calice qu’il n’y a de délice ». Dans la salle, un journaliste chuchote à l’oreille de Gaspard Gantzer, le conseiller presse du président : « C’est maintenant qu’il annonce qu’il est candidat ? ».

Montrer qu’il y a une continuité dans l’histoire de la gauche permet au président de dérouler le bilan de son quinquennat, pour l’inscrire directement dans la lignée de la gauche qui fait encore rêver. « Nous aurons à revendiquer ce que nous avons fait », assène le président. Sans attendre, François Hollande passe en revue les mesures de ces quatre dernières années. Transition énergétique, accords PME régions, réformes pédagogiques, la liste s’allonge et le président achève sa mue de candidat.

 

Le Front populaire, le Parti socialiste et le mur du réel

 

La comparaison avec le Front populaire offre à François Hollande l’occasion d’évoquer un contexte qui serait commun aux deux époques : une gauche craquelée par les divisions internes, une extrême droite vivace, une situation économique critique. « Ce n’est pas parce que la gauche est au pouvoir que c’est difficile. C’est parce que c’est difficile qu’elle est au pouvoir. » Le président se fait pédagogue. A une situation épineuse doit répondre une gauche unie. A l’époque, déjà, rappelle le candidat François Hollande, le Front Populaire se heurtait au mur du réel. Il en profite pour décocher des flèches à ceux qui accusent la gauche de lorgner sur la droite. « Il n’y a ni table rase ni ligne d’arrivée » rétorque-t-il. Et d’entrer de plain pied dans le thème des assises du jour : la confrontation de la gauche au pouvoir. Et d’évoquer les épreuves qui ne manquent jamais d’arriver et forcent au « compromis ». Le mot est prononcé plusieurs fois d’affilée en quelques phrases. Le Front Populaire s’est heurté au « mur de l’argent », expression qui théorisait l’affrontement entre les milieux financiers et la volonté de réformes sociales. La gauche sous François Hollande a du composer avec le « monde de la finance ».

A la guerre d’Espagne, dans laquelle le Front Populaire a choisi de ne pas s’impliquer, répondrait la lutte contre le terrorisme dans laquelle s’est engagé François Hollande. La comparaison est achevée. Le Front Populaire a duré deux ans. François Hollande, lui, aimerait bien rempiler pour cinq.