#Cartel : les dessous de la Chapomania

Les créateurs de Narcos vont lui consacrer une série : retour sur le phénomène El Chapo, passé de baron de la drogue à icône médiatique.

Al Capone, Escobar… et El Chapo désormais, avec la série #Cartel annoncée mercredi. Pour intégrer le dernier carré des légendes du crime, une biographie “made in Hollywood” est de rigueur. El Chapo Guzman ne doit pas l’ignorer, lui qui a toujours entretenu son image avec presque autant de soin que son business. Et toujours cultivé une allure d’humble peone : coupe au bol façon Borat, survêtements informes, casquette élimée, le chef du cartel de Sinaloa, arrêté en janvier, se revendique homme du peuple devant les caméras. Mais c’est le bad boy qui fascine le quidam : via internet, il a trouvé en Joaquin Guzman le client idéal, de la trempe des plus grands gangsters de l’histoire. Au point de faire oublier la réalité des cartels.

https://www.youtube.com/watch?v=2b5UmNEq8y4

Ceux-là aussi aiment les réseaux sociaux. D’abord pour s’informer sur leurs cibles et leurs recrues, mais aussi pour leur communication : vidéos sanglantes et menaces pour intimider les uns, distribution d’aide humanitaire après un ouragan pour rassurer les autres, le parrain 2.0 chapeaute ces méthodes pour son cartel, mais pas pour lui-même. A l’inverse de ses deux fils, qui inondent Instagram de voitures de sports, villas de luxe et pistolets en or, le père brille par son absence et laisse les internautes faire le travail. Plus il persiste dans sa politique de la chaise vide, plus le web s’agite et s’éprend de rumeurs à son sujet. Jusqu’à lui attribuer un faux tweet menaçant de mort Abu Bakr Al Baghdadi, le caïd de Daesh.

Une image de Robin des bois

Si sa réputation s’est construite en ligne, El Chapo en a posé les fondations sur ses terres : dans son Etat natal de Sinaloa, il est vu par beaucoup comme un Robin des Bois combattant pour le peuple contre un Etat corrompu. Il donne du travail aux fermiers, de la nourriture aux vieillards, des jouets aux enfants pendant les vacances. Quand il est arrêté en 2014, des centaines de personnes défilent à Culiacan pour exiger du gouvernement sa libération. Soixante-septième au classement Forbes des personnalités les plus “puissantes du monde”, le milliardaire a largement de quoi arroser les villages de cette région pauvre. Les musiciens du cru profitent aussi de ses largesses : El Chapo est friand de leurs corridos, des chansons typiques du folklore mexicain, qui célèbrent les exploits des grandes figures populaires, résistants, révolutionnaires ou bandits. Les artistes les plus réputés sont mis à contribution. Des milliers d’internaute écoutent leurs odes au Chapo sur Youtube. Et comme tout narco qui se respecte, Guzman a droit à sa Narconovela, ces téléfilms qui passionnent les mexicains.

En 2015, son évasion spectaculaire d’une prison de haute sécurité vient parfaire le mythe. Les images défilent en boucle sur les télévisions du monde. Les mariachis obscurs laissent place aux plus grands noms de l’industrie musicale : le rappeur The Game et le DJ Skrillex lui dédient leur propre Corrido, sobrement intitulé « El Chapo ».

Le producteur Gucci Mane lui rend hommage dans ses lyrics. Le champion d’UFC Connor Mc Gregor revendique son nouveau style « Chapo », chemise à paillettes et grosse moustache. Au Mexique et aux Etats Unis, le merchandising bat son plein. On s’arrache les t‑shirts, mugs, porte-clefs à l’effigie de l’empereur déchu. Il devient même le héros du jeu vidéo « Fat’n Furious », qui met en scène son évasion de prison. De retour en cellule, ses analyses psychologiques ont révélé un homme « égocentrique et narcissique, avec un sentiment exagéré de sa propre importance ». Cette Chapomania ne doit pas lui déplaire.