Ligue des champions : Manuel Pellegrini veut sa revanche

Le futur ex-entraîneur de Manchester City retrouve le Real Madrid, son ancien club, en demi-finale de la Ligue des Champions. L'occasion de prouver qu'il fait partie des plus grands.

Mourinho, Guardiola … Pour remplacer Manuel Pellegrini, il faut disposer d’un sacré CV et d’une aura phénoménale. Sinon, autant passer son chemin. L’entraîneur chilien de Manchester City, qui quittera son poste à l’issue de la saison, aurait pu être l’égal de ces deux méga‐stars. Mais il lui a toujours manqué d’un petit quelque chose. Un soupçon de chance ou plutôt de réussite.

Ce fut le cas au Real Madrid lors de la saison 2009–2010. Il bat un record de points en Liga, le championnat espagnol, en glanant 96 points mais il finit vice‐champion derrière l’intouchable Barcelone entraîné par… Pep Guardiola, qui le remplacera l’année prochaine sur le banc des Citizens. Il n’aura pas de deuxième chance. Son retour mercredi 4 mai dans la cité madrilène, pour la demi‐finale retour de la Ligue des champions (0–0 à l’aller), ressemble à une revanche, même s’il s’en défend : « Je suis déjà revenu à de nombreuses reprises avec Malaga, je n’ai aucun problème à ce niveau‐là. Et comme je l’ai déjà dit, pour moi cela a été une année importante et par chance, j’ai toujours reçu le soutien du public du Bernabeu. »

Manuel Pellegrini, 62 ans, vient d’une famille bourgeoise. On l’appelle « l’Ingénieur » en raison de ses études et d’une brève expérience professionnelle dans le domaine. Il est l’homme d’un seul club dans sa carrière de joueur professionnel : l’Universidad de Chile, en division 1 chilienne. C’était un défenseur dur sur l’homme, à la limite de la régularité, extrêmement nerveux. Comme entraîneur, il est tout le contraire : ce baroudeur impassible a managé un bonne dizaine de clubs, de son Chili natal, en passant par l’Argentine, l’Espagne ou L’Equateur.

Esthète, créatif et élégant

Sa rage de jeune joueur s’estompe lorsqu’il est sur le banc. La brute épaisse devient un coach au calme assumé, presque effacé et constamment dans la retenue. Il se comporte de manière bienveillante avec ses joueurs. Yaya Touré, le milieu de terrain de City le considère d’ailleurs comme « un père » qui « fait partie de sa vie en dehors du terrain ».

Partout où il est passé, il a toujours imposé un style offensif à ses équipes, mélange de possession de balle et de solistes techniques capables des plus grandes fantaisies. Bref, un esthète : « Il faut construire avant de détruire. » Il se dit inspiré par Rinus Michels, Cesar Luis Menotti ou Arrigo Sacchi, des adeptes d’un football créatif et élégant.

La retenue et le travail le caractérisent. Face aux critiques, il reste stoïque. Comme devant les provocations répétées de Mourinho, où il impose ses convictions : « Quand il gagne, Mourinho veut s’attribuer le mérite de tout. Moi, je ne fais jamais ça. » Cela indique aussi que l’entraîneur chilien ne rayonne pas sur le plan médiatique. L’image passe au second plan. Or, un manager moderne doit désormais maîtriser le terrain comme les coulisses. Ces dernières, l’Ingénieur les maîtrise mal et laisse les autres faire son bilan.

Philosophe sans communication

Ainsi, Pellegrini traîne une réputation de perdant. De l’esthète au « loser », il n’y a qu’un pas que de nombreux spécialistes franchissent. Entre son titre de champion d’Argentine avec River Plate (2013) et celui en Premier League avec Manchester City en 2014, il n’a rien gagné. Mais son empreinte a été totale dans les clubs qu’il a entraîné. Sous son égide, Villarreal et Malaga ont également participé pour la première fois à la Ligue des champions.

L’Europe reste d’ailleurs son plus gros défi. L’ambition ultime d’un coach atypique, au parcours singulier. A City, il a une nouvelle fois écrit l’histoire d’un club. Jamais les Citizens ne s’étaient qualifiés pour demi‐finales de la Ligue des champions. Il lui reste désormais à écrire sa propre légende.